Vivi Navarro - Heinrich Barth - Bouts du monde

Des traces dans le sable

Lawrence d’Arabie n’est pas pour rien dans l’appel du désert qui dévore Vivi Navarro depuis ses jeunes années. Puisqu’il ne faut jamais plaisanter avec ses rêves les plus fous, la dessinatrice a fini par enrouler un chèche autour de ses cheveux, direction le Sahara. Là, ce ne sont pas les traces de l’officier britannique qu’elle a suivies. Mais celles d’un explorateur allemand, Heinrich Barth, inconnu au bataillon, négligé par la postérité.

EXTRAIT :

Un conducteur maladroit, dont on se demandait s’il avait le permis, nous emportait dans un 4×4 sans âge au tableau de bord tapissé de fausse fourrure vert cru. Périple nocturne en plein Sahara libyen pour rejoindre le campement. Perdus, nous l’étions. Le jeune peinait à suivre la trace du véhicule qui ouvrait la piste loin devant nous, et dont les feux s’étaient dissous dans la nuit. L’aventure commence là, avec un chauffeur complètement paumé et un 4×4 rafistolé au chatterton… On établira le bivouac tard dans la nuit.

Au premier matin du monde, à la faveur du jour qui se levait, j’ouvris les yeux aux confins de la Libye dans son immense sud-ouest et dans un froid glacial. C’était il y a dix-huit ans, déjà. C ‘est violent. Là, je distinguai la silhouette déchiquetée et en contre- jour des contreforts de l’Akakus, ce coin reculé proche de la frontière algérienne, Tanouzouft ou Tarnerzouft, réputé pour ses paysages variés. Dunes, roches, montagnes, gorges, gravures et peintures rupestres qui en disent long sur notre histoire et témoignent de la vie sauvage qui régnait ici et dans les oueds fertiles. Et je me réveillai pour la première fois dans mon Sahara d’amour, au milieu de cette sublime désolation, de ce vide qui me remplit tant. (…)

C’est lui qui m’a parlé de la mystérieuse cité de Tombouctou et de cet explorateur allemand : Heinrich Barth, un oublié de l’exploration saharienne

C’est avec mon guide en Libye, le targui Mohamed Sidi (Moussa), que j’avais tissé les liens les plus forts. Il est souvent venu à Sète chez moi, où il avait découvert la mer pour la première fois. Nous nous étions promis de partir ensemble pour un périple hors du commun, longtemps et loin, de Tripoli à Tombouctou. Dans notre petite méharée, il y avait deux grands amis : Christiane la Gazelle, connue de Djanet à Tamanrasset, du Hoggar à la Tadrart, et LeVieuxTouareg, intrépide, espiègle et pétillant voyageur à l’humour décapant. Une carrière dans l’aéronautique et l’industrie, il a bourlingué plus que de raison partout dans le monde. C’est lui qui m’a parlé de la mystérieuse cité de Tombouctou et de cet explorateur allemand : Heinrich Barth, un oublié de l’exploration saharienne qui était parti de Tripoli jusqu’à la cité des 333 saints. Le dessiner d’abord, mais le seul portrait que j’ai dans ma documentation est plutôt celui d’un dandy de la belle société et non celui d’un savant aventurier. Qu’à cela ne tienne, je décide de revisiter ce portrait délicieusement démodé.

Carnet de voyage de Vivi Navarro à découvrir dans Numéro 47

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