Carnet de voyage - France

Entrée en matière sur le sentier des douaniers

Avoir travaillé un an dans une revue de voyages – en l’occurrence Bouts du monde – n’a pas suffi àElisa Ferragu pour apprendre quelques notions de base : peser son sac à dos avant le départ, prévoir son ravitaillement, se lever tôt. Heureusement que le GR34 parcourt des terres hospitalières.

– EXTRAIT –

T’as pesé ton sac avant de partir ?

– Non. Flemme et puis j’ai pas de balance chez moi, donc bon. »

À force de carnets de voyages avalés par dizaines, j’ai fini par avoir envie d’aventure moi aussi. Pas à l’autre bout du monde. Ces voyages-là sont généralement réglés comme du papier à musique pour éviter les mauvaises surprises. Je voulais un terrain de jeu où je pouvais, comme à mon habitude, constater sereinement que j’ai oublié la moitié de mes affaires, prendre plaisir à me perdre parce que « les panneaux c’est pour les noobs » et faire mon bout de chemin toute seule, sans personne pour me presser. J’ai emprunté du matériel de trek à un copain et je compte aller jusqu’à Saint-Brieuc depuis Paimpol à la force de mes gambettes pas bien sportives le reste de l’année. Ce n’est de toute façon pas ce qui m’effraie le plus, la douleur musculaire. Pour tout dire, je n’ai même pas pris la peine de peser mon sac à dos. J’apprendrai plus tard que c’est une idée complètement con.

Rapidement, une journée que je pensais passer dans la solitude se transforme en une espèce de meeting avec des inconnus. Qu’est-ce qu’ils causent, d’ailleurs ! Chacun y va de sa petite recommandation : la plus belle randonnée du coin, les meilleures moules-frites du village, le camping des habitués et surtout les multiples bars à ne pas louper. Il faut dire qu’on est en Bretagne !

Jour 1

Dans le train, je tends déjà l’oreille pour écouter les histoires que se racontent les vieux des patelins alentour. J’ai hâte qu’on m’en raconte à moi aussi. Je sais les randonneurs très polis et j’imagine déjà saluer les touristes germaniques à grands renforts de « Hallo », puisque c’est de toute façon la seule chose que je sais dire en allemand. Mais, hors des sentiers, je songe à la solitude du soir que j’appréhende comme celle que l’on vit dans les grandes villes en s’éloignant des terrasses de café. Je m’étais bien trompée. Ça a commencé avec ce couple de sexagénaires que je croise bien six fois dans la journée alors même que nous avançons dans la même direction. Et puis il y a eu les deux petites dames, le groupe de marcheurs nantais et la complotiste du port. Rapidement, une journée que je pensais passer dans la solitude se transforme en une espèce de meeting avec des inconnus. Qu’est-ce qu’ils causent, d’ailleurs ! Chacun y va de sa petite recommandation : la plus belle randonnée du coin, les meilleures moules-frites du village, le camping des habitués et surtout les multiples bars à ne pas louper. Il faut dire qu’on est en Bretagne !

Le premier jour, je crois voir une petite musique de la rencontre se dessiner : remarques sur la météo – clémente heureusement –, discussions sur l’itinéraire choisi, questions sur le fait que je randonne seule (et que je sois femme, forcément), nombre de kilomètres parcourus, « et vous connaissez la nouvelle tente sans arceaux qui pèse un kilo seulement ? ». C’est, ce premier jour, la petite musique des randonneurs.

Récit de voyage d’Elisa Ferragu à découvrir dans le Bouts du monde 65