Maxime Lelièvre - Lesotho - Bouts du monde copie
Carnet de voyage au Lesotho

Etre à la hauteur

Au Lesotho, qu’il a arpenté à pied avec sa compagne Justine, Maxime Lelièvre avait une exigence, un principe non négociable : plonger avec entrain dans tout ce qui rompt avec son quotidien et se laisser porter par les rencontres.

EXTRAIT :

Le vent, maître des lieux, souffle en permanence. À mes pieds des milliers d’années de pluie ont creusé la roche, dessinant des vasques. L’eau que l’orage a déversée hier s’y loge paisiblement. C’est l’occasion d’une pause qui étanche notre soif et remplit nos gourdes.

Devant moi, c’est comme si le monde prenait fin. Les nuages sont arrêtés par les falaises abruptes de l’escarpement alors qu’ils s’étendent à perte de vue sur la plaine. Ils donnent l’impression de se tenir au bord d’un Royaume dans le ciel. Eole, dieu du vent, le défend à grand souffle. Le vent bourdonne à mes oreilles. Il laisse les hauts plateaux baignés dans la lumière. Les collines d’herbes rases se dorent au soleil grâce aux rafales repoussant la brume vers les basses terres.

Le vent ne fait pourtant que reprendre son souffle. Un murmure d’abord et déjà il revient à la charge depuis les tréfonds du plateau.

Soudain le silence, qui apparaît comme un bruit dans ce monde tout éolien. En un souffle la brume envahit l’escarpement et gagne le plateau. Une armée de gouttelettes bloque mon champ de vision. Un rideau grisâtre voile le soleil, tout s’assombrit. Les sons deviennent sourds, la vue se rétrécit, l’odeur même change… l’humidité capture mes sens. Mon Royaume dans le ciel est plongé dans les ténèbres brumeuses.

Le vent ne fait pourtant que reprendre son souffle. Un murmure d’abord et déjà il revient à la charge depuis les tréfonds du plateau. Puis en quelques bourrasques, il reprend pleinement ses droits, repousse la brume aveuglante aux portes de l’escarpement. En nous rendant la vision, le vent emporte aussi avec lui une légère angoisse qui planait entre nous.

Je me surprends à remercier ce dieu du vent. Fatiguant nos journées, ralentissant notre marche, saturant nos sens, Eole nous offre aussi une vue dégagée indispensable sur cet itinéraire sans chemin, que le brouillard pourrait vite rendre impossible à suivre.

Carnet de voyage de Maxime Lelièvre à découvrir dans Bouts du monde 46

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