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Bouts du monde n°4215 
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Carnet de voyage Mongolie

Ces derniers temps, Pauline Mignola et Aimée Bouchet sont parties en voyage avec une caméra et un scénario ambitieux : tourner une série de documentaires, intitulée Till Tomorrow, pour recueillir le récit de populations dont le quotidien est étroitement lié à leur environnement et à la biodiversité. Une histoire de reconnexion à la nature, rendue plus que jamais nécessaire par l’état de la planète. Nous les retrouvons au milieu des steppes de Mongolie, où année après année, la sécheresse est plus forte et la neige plus lourde.

– EXTRAIT – 

Nous voici donc ensemble à l’arrière de la voiture de Khishigdorj qui conduit sans hésitation dans l’immensité des steppes. Nous nous accrochons aux sièges, impressionnées par sa capacité à se souvenir du chemin quand celui-ci ne comprend ni marquage ni éclairage. Après quatre heures de voyage, la voiture s’arrête dans une obscurité totale. Nous allumons une lampe torche et découvrons deux cents paires d’yeux nous fixant pendant un bref moment de silence, suivi d’une centaine de bêlements simultanés. Nous, qui n’avons jamais vu autant de moutons en liberté auparavant, crions de surprise, ce qui ne manque pas d’amuser le reste du groupe.

Nous nous précipitons dans une yourte et faisons enfin la connaissance de la famille Davaadorj. Les parents nous font signe de nous asseoir et commencent naturellement à nous parler en mongol. Tout va d’abord très vite : le père, la mère et le fils s’agitent autour du foyer central pour nous prodiguer le meilleur accueil possible.

Nous dégustons un bouillon de mouton, un fromage mongol et un bol d’aïrag, fameux lait de jument fermenté au goût proche d’une vodka acide. Aucun aliment, aucune boisson n’a un goût familier. Tout est nouveau et tout relève pour nous de l’apprentissage. Grâce à Baigalimaa, nous pouvons engager une conversation avec la famille qui nous pose des dizaines de questions sur notre quotidien en France, sur nos connaissances de la culture nomade…

Lorsque Pauline se lève et s’apprête à passer entre deux poteaux jaunes au centre de la yourte pour traverser la pièce, les convives poussent un hurlement. Baigalimaa se précipite pour la stopper. « Il ne faut jamais passer entre ces poteaux. Ils symbolisent l’amour conjugal qui habite la yourte. Si tu passes au milieu, cela signifie que tu souhaites briser ce bonheur conjugal. Seule la famille y est autorisée ». Pauline, gênée, présente ses excuses et se rassoit.

Nous nous sentons maladroites, n’osant bouger dans cette pièce unique emplie de traditions. Pourtant, nous sommes déjà à l’aise et apprécions l’incroyable hospitalité de la famille qui nous accueille. Quelques heures après notre arrivée, nous installons nos couchages au fond de la pièce et nous endormons, nos esprits embrumés d’un millier de questions.

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