Carla Sayad - Beyrouth - Bouts du monde
Carnet de voyage - Liban

La mémoire enfouie de Beyrouth

Les dessins de Carla Sayad sont un fragment de la mémoire de Beyrouth, alors que la ville a sans doute trop à faire avec son présent pour se soucier de conserver ses petites rues et ses vieilles maisons dont les histoires se confondent avec celle, tourmentée, du Liban.

EXTRAIT :

Beyrouth. 4 août 2020. 18 h 08. Une détonation. La terre tremble. Une déflagration. Une onde de choc venant du port de Beyrouth souffle tout sur son passage. Rues dévastées, maisons ravagées, habitants désemparés. Tout n’est plus que poussière et débris. Une fois de plus, la mémoire de ma ville que j’ai tant voulu préserver à travers mes carnets, est en péril.

J’ai beaucoup voyagé, posé mes valises un peu partout dans le monde. Durant ces cheminements, que ce soit au Sri Lanka, en Russie ou en Afrique du Sud, l’envie d’esquisser ce que je voyais m’est venue par hasard. Mais il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. Ces rendez-vous, je les avais déjà rencontrés à travers mes peintures. Je peignais en fonction de mes émotions. Des petites toiles, des grandes. J’hésitais souvent à exposer, probablement par pudeur. Lorsque je me suis retrouvée sur la place Rouge à Moscou, en rentrant à l’hôtel, j’ai pris une feuille du restaurant, un Bic, et je me suis mise à dessiner. Moi qui avais l’habitude de travailler seule, dans le cadre intime de mon atelier, je me suis retrouvée entourée de gens qui regardaient ce que je faisais.

Puis les voyages se sont succédé et j’ai commencé à griffonner un peu partout avant de prendre un carnet de voyage et de dessiner tout ce que je voyais. Un jour, en feuilletant un de mes carnets, je me suis demandé pourquoi je ne dessinais que les ailleurs ? Pourquoi je n’avais jamais pensé croquer mon pays, et ma ville surtout. Cette ville que je connaissais si peu finalement. Après des mois de recherches, en quête des vieilles maisons libanaises, comme celle qui trône en face de chez moi, j’ai décidé de me lancer dans cette quête d’histoires. Dans mon désir d’ébaucher ces vieilles demeures, il y avait surtout l’envie de garder une trace de l’histoire de Beyrouth, qui s’étiole petit à petit. Cette ville qui a tant à raconter. Cette ville mille fois morte et mille fois ressuscitée.

Carnet de voyage de Carla Sayad à découvrir dans Numéro 44

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