Les derniers jours heureux de Kaboul
Carnet de voyage - Afghanistan

Les derniers jours heureux de Kaboul

Une partie de la vie de Jill Donald s’est arrêtée en 1979 à Kaboul. La jeune artiste avait découvert l’Afghanistan deux années auparavant, recrutée par une mission d’archéologues pour dessiner les morceaux de céramiques qu’ils exhumaient d’un site occupé par Alexandre le Grand.

– EXTRAIT –

« Mes carnets sont longtemps restés privés, trop intimes pour être publiés. J’estimais que cette guerre n’était pas un sujet de gain personnel », dit-elle avec son accent britannique. A l’intérieur du vieux carnet, une écriture calligraphiée, notamment en langue anglaise, dans tous les sens, qui semble dater de la fin du XIXe. On y devine les états d’âme de cette artiste écossaise inconsolable d’avoir quitté l’Afghanistan en 1979.

A écouter Jill raconter son histoire, on souhaiterait presque qu’elle n’ait jamais mis les pieds là-bas. Un peu comme sa mère qui n’a jamais compris pourquoi elle avait quitté son travail de professeur de céramique, « payé une fortune » dans des écoles d’art de Londres. Près de 40 ans plus tard, l’artiste écossaise a fini par poser ses valises à Brest, dernière étape en date d’une série de 70 déménagements. A force de faire et défaire ses cartons, Jill a perdu sans doute ce qui lui était le plus cher : son carnet de voyage où se dessinait le quotidien de Kaboul entre 1977 et 1979. « Un proche l’a mis à la poubelle, c’était tragique pour moi ». Elle croit savoir qu’il existe des microfilms, mais il lui faudra mener un travail d’enquêtrice avant de remettre la main dessus. Ce qui lui reste est disposé en vrac sur une table. Les quelques photocopies ou impressions qui ont survécu, réalisées sur des photocopieuses afghanes, suffisent à nous transporter dans son monde disparu…

(…)

« Le récit de ses voyages au-delà du Khyber Pass, qu’elle a franchi onze fois, ressemble presque à un conte. « C’était un peuple digne et magnifique, habillé à l’ancienne comme les personnages de l’ancienne Bible. Moi, je m’habillais avec des robes anciennes du début du siècle, avec un voile qui recouvrait à peine mes longs cheveux roux. Je voulais être invisible et très respectueuse d’un peuple que j’aimais tant ». Jill se souvient des petites maisons éclairées à la bougie. C’est dans l’une d’elle qu’elle a rencontré Abdul Qayum, son grand amour afghan. « C’était dans une pièce sombre où il y avait un aigle. J’ai vécu les derniers moment de bonheur de Kaboul », raconte-t-elle.

Carnet de voyage à découvrir dans Numéro 20

 

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