Carnet de voyage - Tadjikistan

Progression lente sur la route du Pamir

« L’important n’est pas la destination mais le chemin. » Ballotté par les nids-de-poule de la route du Pamir, Thomas Santini a tout le loisir de méditer ce proverbe en traversant les paysages grandioses du Tadjikistan. Car sur cette mythique route de montagne, rejoindre Osh, de l’autre côté de la frontière kirghize, est loin d’être une certitude. Un carnet de voyage où l’incertitude du trajet n’a d’égal que la beauté des paysages, à découvrir dans Bouts du monde. Abonnez-vous pour ne manquer aucune aventure de Bouts du monde.

 

  • – EXTRAIT – 

‘ai une bonne grosse flemme ce matin ! Je suis à Khorog, dans le Pamir tadjik. Je veux rejoindre Osh au Kirghizstan pour continuer mon voyage.

Sur le papier, ce n’était pas trop compliqué : rejoindre Murghab en taxi collectif ou en stop. Trouver un taxi collectif qui me fasse passer la frontière ou la passer en stop avec un camionneur. Les dernières infos que j’ai reçues me laissent penser que c’est un peu plus complexe. J’ai rencontré Adrien à Dushambé. Il a franchi la frontière et m’a raconté son périple. Sacrée aventure ! Il a trouvé des Allemands qui avaient leur propre voiture et qui lui ont appris qu’il fallait une autorisation administrative aux Européens pour entrer au Kirghizistan par ce poste-frontière. Il est quand même parti avec eux en espérant pouvoir passer mais ça n’a pas marché. Il a payé pour obtenir cette autorisation, puis il a attendu deux jours au poste-frontière le temps que ce papier arrive. Pendant ces deux jours, il n’a pas vu un seul véhicule. Une fois en règle, il est reparti à pied avant d’être pris en stop par des chasseurs de loups. Il a rejoint la première ville khirghize avant de continuer son périple.

C’est la première fois depuis le début du voyage que je suis malade. Je ne peux m’empêcher de penser que je décompresse un peu suite à mes aventures de ces derniers jours.

C’est comme ça en Asie centrale, ils ont supprimé les visas pour les Européens mais ça n’en est que plus compliqué. Pas de visa pour rentrer au Tadjikistan, mais si on reste plus de dix jours ouvrables, il faut obtenir une autorisation. Idem pour l’accès au Pamir. Il est soumis à l’achat d’un permis. Le jeu consiste donc à trouver où et comment obtenir ces autorisations. Les forums de voyageurs sont remplis d’informations plus ou moins à jour. Pour aller du Tadjikistan au Kirghizstan par le Kyzyl-art pass, il faut donc une autorisation. Cette information est beaucoup moins connue que les autres tracasseries de permis, puisque peu de personnes passent cette frontière sans faire appel à une agence de voyages. J’ai bien fait d’échanger mon numéro avec Adrien. Il m’a servi de cobaye. J’ai aussi eu de la chance de rencontrer Clarisse. Clarisse est une jeune retraitée de l’Éducation nationale. Depuis des années, elle vient chaque printemps ou chaque été dans le Pamir tadjik. Je l’ai rencontrée à Khorog où elle laisse son vélo pour l’hiver. Elle connaît la moitié des habitants de la vallée de Barthang, dont je redescends. Elle connaît surtout les méthodes les plus efficaces et les moins onéreuses pour obtenir les autorisations. C’est grâce à elle que je vais pouvoir avoir mon permis sans trop attendre en payant quinze dollars seulement. Ici, on compte en dollars et on paye en somonis.

Administrativement, tout est au point. Pour le reste c’est un peu moins bien. Je me ressens encore d’une morsure de chien et surtout, depuis que je suis arrivé à Khorog, ce n’est pas terrible au niveau du ventre. 

C’est la première fois depuis le début du voyage que je suis malade. Je ne peux m’empêcher de penser que je décompresse un peu suite à mes aventures de ces derniers jours. J’ai aussi dû manger un truc qui ne passe pas dans cette pension à Khorog. C’est bien fait pour moi ! Au téléphone, la femme qui s’occupe de la pension m’a dit que, comme elle était absente ces jours-ci, les dîners ne sont donc pas compris dans le prix contrairement à ce qui est le cas d’habitude. Malgré cela, son mari et son fils m’ont gentiment invité à manger. J’aurais dû écouter les instructions de la patronne. Ça m’a été fatal !

L’objectif du jour c’est Jelondy. 3 500 mètres d’altitude, des sources d’eau chaude et un vieux sanatorium soviétique. Vu ma petite forme, j’ai décidé de me la jouer tranquille. J’arrête le stop et je prends un taxi collectif. Je trouve d’abord un minibus pour aller à la gare des taxis collectifs qui se trouve à quelques kilomètres du bourg. À la sortie de Khorog un panneau indique : Osh 732 kilomètres. Pfff 732 kilomètres c’est long ! Surtout sur de la piste ! Ça me casse un peu le moral.

 

Carnet de voyage de Thomas Santini à découvrir dans le 68