Tribulations en Irlande d’un cycliste sous la pluie

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Irlande
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Bouts du monde n°4315 
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Carnet de voyage Irlande

Le cycliste Frédéric Albert a avalé plus de kilomètres que de plats de pâtes durant ses premiers jours de voyage en Irlande. Et pour ne rien arranger, il n’avait pas autant plu sur le Kerry depuis… 1966.

– EXTRAIT – 

Balade irlandaise. Mais qu’est-ce que je fous là ! Ce matin gris et pluvieux n’en finit pas de me déprimer. Sous ma toile de tente, je suis fatigué, le ventre vide. Un troupeau de vaches s’est approché pendant la nuit et encercle ma jolie tente toute neuve. J’ai le moral à zéro. J’en ai pourtant rêvé de ce voyage ! L’idée a germé cet hiver, dans un coin de cerveau, à la lecture d’un récit d’un tour du monde à vélo. Je roule depuis longtemps. La passion du voyage et le goût des rencontres m’ont convaincu du choix du vélo pour partir à l’aventure. Je décide de remonter la Bretagne puis de faire le tour de l’Irlande, seul, à la force du mollet.

Par une belle journée d’été, je quitte Nantes, direction le port de Roscoff et le ferry pour l’Irlande. La météo est clémente, le soleil au rendez-vous, je suis gonflé à bloc. Le long du parcours, j’ai la chance d’avoir des amis chez lesquels je m’invite à passer la nuit. Cette première semaine sur la route est un vrai bonheur. A vélo, je me sens libre d’aller où bon me semble. Je contemple les paysages de Bretagne baignés d’une douceur estivale et les rencontres sont nombreuses. J’avale les kilomètres… et les crêpes avec la sensation d’être un explorateur partant à la découverte du nouveau monde.

 

Le temps se gâte ! Pour rejoindre l’Irlande, je largue les amarres au port de Roscoff. La traversée est mouvementée. Le bateau est secoué par une mer hachée. Il n’y a rien à faire, je n’arrive pas à trouver le sommeil ! Je pensais me reposer et arriver à destination, prêt à en découdre. Mais là il y a comme un bug ! J’ai quitté la France sous un ciel bleu, l’Irlande m’accueille sous un ciel plombé. La température est passée de 25 ° à un peu moins de 18. Le ferry accoste à Rosslare, au sud-est de l’Irlande, par une matinée pluvieuse. Peut-être pressé de vouloir échapper à ce temps maussade, je reprends la route le ventre à moitié vide. Une très mauvaise idée pour un voyageur à vélo ! Je ne suis pas dans mon assiette, les repères ont changé. Où est passé le ciel bleu ? Où sont passées les galettes bretonnes que j’avalais la semaine dernière ? Et puis cet anglais parlé avec un accent nouveau qui me surprend… Perdu dans mes pensées, je continue de rouler à droite. Je n’ai pas encore intégré qu’ici on roule à gauche. J’évite de justesse l’accident. Au bout de cette première journée en Irlande, je suis un peu désemparé. À force de tergiversations (Dois-je chercher une auberge de jeunesse ? Dois-je faire le plein de nourriture ce soir ou demain matin ?), je me retrouve en début de soirée en rase campagne, des nuages annonciateurs d’une nuit pluvieuse pointant à l’horizon. Je me précipite sur le premier site convenable pour planter la tente. Au détour d’une grange abandonnée, je jette mon dévolu sur un champ isolé.

A 5 heures du matin, c’est la panique ! J’entends des piétinements et des souffles profonds autour de moi. J’ai toujours été un grand amateur de films d’horreur. Je me fais le scénario de ce qui va m’arriver. On vient pour me voler et m’égorger ! Arrrr… Je n’aurais jamais dû regarder tous ces films ! Prenant mon courage à deux mains, dont l’une munie d’un couteau suisse, je décide d’ouvrir ma toile de tente. L’endroit est infesté de vaches ! Bon d’accord, j’espérais quoi ? Un terrain de golf avec danseuses locales m’accueillant avec des colliers de fleurs ? Hier soir j’ai trop attendu avant de planter la toile. Affamé, on perd un peu le sens commun et le jugement (ce qui est particulièrement vrai chez moi, mes neurones déraillent quand la faim me tiraille).

Je suis donc planté là, quelque part au sud de l’Irlande, fatigué, dans l’humidité, prêt à être dévoré par un troupeau de vaches (la faim altère mon jugement !). Sont-elles folles ? Peu à peu, mes amies irlandaises décident de respecter mon intimité en se tenant à distance respectable du campement. Les heures passent et au petit matin je m’extrais du sac de couchage. J’ai peu dormi. En guise de toilette matinale, je m’asperge le visage d’une eau jaunâtre qui coule dans le ruisseau d’à côté. La présence des vaches a-t-elle quelque chose à voir avec cette couleur ?

En un quart d’heure, le camp est levé. Je fais mes adieux aux copines ruminantes et reprends la route, direction le premier épicier du coin.

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