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Bouts du monde n°3515 
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Carnet de voyage France

Il faut pénétrer les entrailles de la bête pour imaginer la vie d’un sous-marinier. Avec son carnet à dessins, Jean-Marie Cuzin est monté à bord du Casabianca, sous-marin nucléaire d’attaque, où l’on installe la couchette des rares invités dans le local à torpilles

 – EXTRAIT –

Une grande silhouette ténébreuse s’est glissée hors du port. Le vent d’est peut estomper un paysage chargé de pluie, ou bien le mistral ciseler le moindre détail dans un air pur, le voyageur mystérieux sort toujours enveloppé dans une cape couleur de nuit. Il se faufile sans tambour ni trompette entre les digues. Entouré d’une cohorte de petites embarcations chargées de le protéger des curieux, il sort de la rade lentement. Puis la flottille se disperse, laissant le prédateur noir livré à lui-même. Et chaque fois, prisonnier du rivage, j’ai songé en le regardant se noyer à l’horizon : où t’en vas-tu donc chasser ? Jusqu’à ce jour inattendu où les circonstances de la vie m’ont apporté comme un cadeau précieux l’occasion de me rapprocher de ce mystérieux voyageur. Jusqu’à en partager l’intimité même.

C’est le grand jour. J’approche enfin du long fuseau éclairé par le soleil matinal. Le voilà, corps allongé à ras de l’eau, dominé par le kiosque en lame de couteau. Les ailerons tranchent de leur horizontalité la linéarité des lignes verticales. La peau du squale absorbe la lumière et le noir s’efface en reflets mauves et bruns donnant au sous-marin un aspect étrangement changeant. Ils sont six Sous-marins nucléaires d’attaque français, SNA pour les intimes. Tous identiques. Des sextuplés tombés du même berceau. « Le mien » se nomme Casabianca. Je le trouve à la fois grand le long de son quai, et terriblement petit pour accueillir soixante-quinze hommes. Pour l’heure, l’animal est prisonnier de ses attaches et, parfaitement immobile, attend docilement d’être libéré. Tout est calme autour de lui. Point d’agitation, de grondements de machines, rien. Rien qui pourrait laisser supposer un proche départ du bateau. Bateau ? En est-ce un seulement ? Les sous-mariniers parlent « bateau » seulement pour désigner un engin flottant dont leur mission est  de faire en sorte qu’il coule. En vrai ils ne parlent pas de bateaux. Ils parlent de « cibles » !

Carnet de voyage de Jean-Marie Cuzin à découvrir dans Bouts du monde n°35

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