Wallis-et-Futuna : Les deux royaumes de la République

Claire
Marcos
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Wallis et Futuna
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Bouts du monde n°2215 
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Carnet de voyage Wallis-et-Futuna

Si, si… c’est la France. Si votre quotidien vous ennuie, si l’air du temps vous fatigue, si vous en avez marre des chaînes d’information en continu, mettez le cap sur Wallis et Futuna. Là-bas, il n’y a pas de journaux. Mais une actualité bien vivante commentée avec étonnement par Claire Marcos, partie s’installer dans ces paillettes de la République pour mettre en place des agences de micro-crédit.

– EXTRAIT –

Je me souviens de ma réaction, quand on m’a proposé un poste sur le territoire de Wallis et Futuna : « Le Pacifique Sud… oui pourquoi pas… Wallis et Futuna… pourquoi pas, connais pas… je sais même pas où ça se trouve… à côté de la Nouvelle-Calédonie… oui je vois… et puis de Tahiti aussi… oui, pas mal ! »

L’image de ce lagon paradisiaque sur Google Earth a fini par me convaincre. J’ai signé pour deux ans à Wallis et Futuna, les paillettes de la République dans le Pacifique !

Me voilà à Wallis et Futuna, le territoire français le plus éloigné de la métropole.

Deux îles : Wallis et, à 350 km de là, Futuna. Histoire de planter le décor : nous sommes ici dans un paradis terrestre et fiscal, où cohabitent la république et la royauté, Marianne et trois rois, un pour Wallis et deux pour Futuna.

A Wallis, les jours se suivent et se ressemblent, invariablement, du 1er janvier au 31 décembre. Immanquablement le soleil se lève à 5 heures du matin et inlassablement se couche à 18 heures.

Fraîchement arrivée de métropole, la papalagui (terme qui désigne les métropolitains en Polynésie) que je suis, est vite intriguée par la relation que les Wallisiens entretiennent avec le temps.

Par chance, avant de partir, une copine avait glissé dans mon sac-à-dos un bouquin qui relatait le voyage, en 1920, en Europe, d’un chef de tribu polynésien. J’ai trouvé là un début d’explication. Revenant de sa visite dans le vieux continent, il explique que le Papalagui fait beaucoup d’histoires à cause du temps (…)

il divise et subdivise chaque jour nouveau d’après un plan bien précis. Il découpe le temps comme on découpe en quatre une tendre noix de coco. (…) Chaque part a son nom : seconde, minute, heure. (…) Des papalaguis affirment qu’ils n’ont jamais le temps. Ils courent dans tous les sens (…) et régulièrement ils remettent à demain ce qu’ils ont le temps de faire aujourd’hui. (…)

Je crois que le temps lui échappe comme un serpent dans une main mouillée, juste parce qu’il le retient trop. Il ne le laisse pas venir à lui. Il le poursuit toujours. (…) Il faut lui annoncer que du lever au coucher du soleil, il y a plus de temps que l’homme en aura jamais besoin. »

Et c’est vrai. Dans mon travail, je suis sans cesse tiraillée entre mon organisation très occidentale du temps et celle des Wallisiens avec lesquels je travaille.

Le simple fait de prendre rendez-vous ne fait pas toujours sens ici. Si on a besoin de quelque chose, on n’attend pas le lendemain pour demander. Quand on vit au présent, difficile de penser à demain et encore moins à après-demain.

J’essaye tant bien que mal de m’adapter : la porte de mon bureau reste ouverte et les gens passent, rentrent, prennent le temps de discuter d’une chose et d’une autre. Pour être tout à fait honnête, je suis et je resterai, je pense, une Papalagui car si les discussions s’éternisent à propos, soit de la communion de la fille, soit de l’arrivée du neveu de métropole, je ne peux m’empêcher de penser : « J’ai du boulot, j’ai pas le temps de discuter ! »

Alors j’y travaille et petit à petit, j’essaye de ne pas prévoir mille rendez-vous dans une matinée. J’apprends à profiter du temps, à écouter les personnes qui, voyant la porte du bureau ouverte, passent discuter tranquillement.

La suite du carnet de voyage de Claire Marcos à Wallis et Futuna est à découvrir dans Bouts du monde n° 22.

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