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Bouts du monde n°1515 
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Violette Gentilleau avait un air un peu goguenard en arrivant dans la communauté de Sadhana Forest, une communauté située dans la ville internationale d’Auroville en Inde. Avec ses potes qui vivent dans des yourtes et qui élèvent des chèvres, elle en avait vu d’autres. Mais quand même pas à ce point…

Jour 2. 5 heures 15. Un chœur à capella passe devant ma hutte. Ce sont les wake-up callers, qui font le tour de la communauté tous les matins dès cinq heures pour réveiller tout le monde en douceur et en musique : « Fiiirst wake up call, good morning Sadhanaaaaaa ! ». Il fait encore nuit. Là, quand même, je me dis que je vais jamais tenir.

5 heures 45. Les yeux à peine ouverts, frigorifiée, je me tiens sur le grand champ derrière la main hut. On est presque tous là, en cercle, les habitués enroulés dans leurs couvertures ou des pashminas. Ma voisine de droite me prend la main, mon voisin de gauche fait pareil. Hem. On fait quoi, là ? Ah, OK, on chante des trucs de babos avec des « father Sky » par-ci, des « mother Earth » par là. J’ai du mal à pas rigoler.

J’ai beau être bien alternative tendance fromage de chèvre artisanal et pain maison, je n’ai jamais réussi à prendre ce genre de chansons au sérieux. J’écoute et je regarde : tout le monde a l’air d’y croire à fond, même les petits étudiants débarqués de New-York pour un stage de construction et qui doivent être bien plus déphasés que moi. Non mais quand même, je me teins les cheveux au henné, je suis végétarienne, super écolo, je marche pieds nus l’été, j’ai plein de potes qui vivent dans des yourtes, qui élèvent des chèvres et des poules, je fais un potager partagé, je cuisine de la bouffe végétarienne et bio sur les festivals, je devrais avoir le niveau hippie confirmé +++ ! Mais non, rien à faire : je me paie un fou rire intérieur en imaginant la tête des copains et copines s’ils me voyaient en ce moment.

Après Father Sky, tout le monde se prend dans les bras et se fait de gros câlins en se souhaitant une belle journée… Je rigole moins, j’avoue que le mode bisounours à 6h du mat’ avec des inconnu-e-s, j’ai du mal, mais je tente.

© Carnet de voyage de Violette Gentilleau à lire dans Bouts du monde n°15