Lydie Lescarmontier - terre Enderby
Carnet de voyage - Antarctique

Atteindre la terre Enderby

Lydie Lescarmontier est glaciologue. Par les temps qui courent, son travail a pris une certaine épaisseur :  elle mesure la masse de glace qui recouvre l’Antarctique. Et tant pis s’il faut composer avec les aléas de la météo.

– EXTRAIT – 

« Bonjour Tony. C’est pour ce matin. L’avion arrive à 11 heures et on atterrira en fin d’après-midi. Je te donne des nouvelles au plus tard demain soir. Passe le bonjour au labo !»

J’avais attendu cet avion pendant dix jours, refaisant soigneusement chaque matin mon sac laissé au pied de mon lit de ma chambre d’hôtel à Hobart. Je devais m’assurer de ne rien oublier, car là où j’allais on ne trouvait ni brosse à dents, ni shampooing. Ce matin-là, je m’embarquais pour la septième fois en Antarctique.

Nous n’avions que cinq heures de vol pour arriver à destination. Moi qui avais souvent passé des mois entiers en mer à espérer atteindre le continent austral à travers la banquise épaisse, je m’étonnais d’atteindre si aisément l’Antarctique. L’effort n’était pas à la hauteur de la récompense. Après trois heures de vol, l’équipage nous invita à enfiler notre tenue polaire. Chacun sortit les vêtements techniques neufs du lourd sac à dos confié dix jours auparavant par l’institut polaire australien et se débarrassa des tongues et tee-shirts.

Nous avions pour destination l’aéroport de Wilkins près de la station Casey. La seule piste d’atterrissage de cette partie du continent capable de faire atterrir un airbus A319. Mais Casey n’était qu’une escale pour nous, car de là un avion plus petit nous transporterait à Davis, où deux petits avions de la compagnie Kenn Borek nous emmèneraient dans notre région d’étude : la Terre Enderby.

L’équipe qui attendait notre arrivée était montée sur le plateau deux jours auparavant pour préparer la piste en la damant et en retirant toute la neige accumulée à la surface.

La piste surgit de nulle part. Longue de quatre kilomètres, elle dérivait de douze mètres chaque année sous l’effet de l’écoulement de la glace. En sortant de l’avion, je fis un violent mouvement de recul, aveuglée par la lumière étincelante du soleil sur la glace. En quelques heures, nous étions passés de la douceur de l’été australien parfumé à l’eucalyptus, à l’ardente blancheur de l’Antarctique.

En face de nous un petit bâtiment rouge et blanc servait de tour de contrôle. L’équipe qui attendait notre arrivée était montée sur le plateau deux jours auparavant pour préparer la piste en la damant et en retirant toute la neige accumulée à la surface. La glace griffée devait assurer l’adhérence de l’avion. Pourtant, je ne l’ignorais pas, cette piste était condamnée à cause du changement climatique, la fonte en surface s’accélérant depuis déjà plusieurs années.

L’équipe de la tour nous indiqua la marche à suivre. Nous allions descendre vers la station Casey sur un Hägglunds, véhicule chenillé tout droit sorti de Star Wars. A intervalles réguliers, planté sur un bidon, un kangourou nous indiquait que nous étions toujours sur la piste.

Carnet de voyage de Lydie Lescarmontier à découvrir dans Bouts du monde 51

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