Amazone à tête d'or - Bouts du monde
Carnet de voyage en Amazonie

Chercher l’amazone à tête d’or

Deux types de personnes cherchent les amazones à tête d’or : les braconniers, et Rémi Bigonneau qui, avec une équipe de scientifiques, recense le nombre de ces perroquets qui survivent tant bien que mal dans les pinèdes du Yucatán, au Belize.

EXTRAIT :

Le soleil n’est pas encore levé lorsque nous émergeons lentement et silencieusement de nos chambres respectives pour nous retrouver dans la pièce commune de la simple cabane qui nous sert de camp de base. Tout le monde porte sa lampe frontale, l’énergie issue des panneaux solaires à l’extérieur est déjà à plat après une nuit d’inactivité. On s’affaire sans un bruit autour de la table où Luis fait réchauffer la purée de haricots de la veille et Javier surveille l’eau bouillante qui diluera notre café soluble. Les premières lueurs de l’aube se font apercevoir. La faune sauvage se réveille et la forêt avoisinante porte les échos du grondement des singes hurleurs qui réaffirment leurs positions territoriales, et signalent à leurs éventuels concurrents qu’ils ont survécu à une nuit de plus dans la jungle.

Mais ce n’est pas vers la forêt que nous nous dirigeons une fois tout notre matériel empaqueté. Comme tous les jours, nous nous divisons en deux équipes, Javier partira vers le sud avec Victor et j’accompagnerai Luis vers le nord. Nos appareils GPS contiennent encore les tracés des sites de prospections les plus récents et les zones vierges sont celles que nous allons explorer ce matin. Les deux véhicules tout-terrain empruntent la piste encore humide de rosée matinale jusqu’à ce que nous nous séparions au milieu de la savane.

Aujourd’hui, il n’existe malheureusement plus beaucoup d’espaces naturels où trouver les amazones à tête jaune (amazona oratrix). Ce perroquet était autrefois présent du Mexique au Honduras à travers une vaste aire de répartition mais désormais l’essentiel des individus sauvages ne se trouvent plus que dans la région de la péninsule du Yucatán. Le Belize en abrite surtout au sein d’un habitat très particulier : les pinèdes béliziennes. Plus semblables à des savanes qu’à des forêts, ces étendues planes, au sol principalement sableux, sont dominées par les pins des Caraïbes (Pinus caribaea). On y trouve également, surtout près des points d’eau, de nombreux paurotis de Wright (Acoelorrhaphe wrightii), une espèce de palmier, et d’autres buissons parsemés au milieu d’une mer de hautes herbes jaunies. Cet habitat unique fait partie de ceux que protège l’aire de gestion et de conservation de Rio Bravo, une sorte d’immense réserve privée administrée par l’organisme Programme For Belize. Ce sont eux qui ont autorisé Fabio Tarazona, étudiant à l’Université d’État du Nouveau-Mexique, à y étudier les amazones à tête jaune qui y vivent ; et c’est avec son équipe que je participe au travail de terrain sur place.

Le point du jour correspond au pic d’activité de nos oiseaux. Après avoir passé la nuit au frais dans leurs dortoirs ou près de leurs nids, ils arpentent la savane à la recherche de fruits et de graines. Les bruyants volatiles sont presque toujours repérés à l’oreille. Les vocalisations fortes et variées nous guident jusqu’aux arbres dans lesquels se nourrissent les amazones. Malgré la couleur vive de leur tête et le vert émeraude de leur corps, il est très difficile de les apercevoir à l’œil nu dans la canopée. Cela n’a toutefois pas d’importance car ce que nous cherchons c’est à repérer leur vol caractéristique. Lorsque deux oiseaux de la taille d’un poulet quittent la lisière de la forêt dans un vol direct aux battements incessants en direction de la pinède, nous ne les quittons plus des yeux.

Carnet de voyage à découvrir dans la revue Numéro 44

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