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Bouts du monde n°4115 
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Carnet de voyage Atlantic Ocean

Un océan bleu, vide. Puis un autre surpeuplé, vert. Eve Lagrange a traversé l’Atlantique à bord du voilier de Philippe, avant de dresser son hamac dans la forêt amazonienne. Avec, au fond du cœur, un dilemme qui n’a pas fini de la faire hésiter entre deux chemins : fuir la foule, ou bien s’y plonger à corps perdu.

– EXTRAIT – 

J’en suis à ma dixième journée dans le désert des collines bleues. Dix journées sans voir de feuillage ou de construction humaine. J’ai pris goût à cette absence de repères, entre ciel et eau. L’occasion m’est tombée dessus aux îles Canaries, avec la rencontre d’une bateau-stoppeuse, arrivée des Açores.

Elle et son capitaine m’avaient aperçue au port de Tazacorte dans la matinée et m’avaient baptisée « la marcheuse aux petits mollets ». Je l’ai croisée ensuite à Santa Cruz de la Palma, où elle m’a proposé de partager le prix d’une chambre d’hôtel. Le bateau était arrivé la veille, et elle faisait le tour de l’île pour trouver du travail et se refaire une santé financière avant de traverser l’Atlantique.

C’était un autre électron libre qui voyageait seul, au fil de son imagination et de son sens social. Une rencontre-miroir avec trois ans de nomadisme en plus, sensible, adaptable et se faisant sa place partout dans le monde, sans vraiment la trouver. Elle avait vécu longtemps au Mexique en accumulant les expériences de débrouille comme vendre des bracelets dans la rue, chanter dans les bars et tirer le tarot à des mafieux dans des combats de coqs.

Après une nuit complète à discuter dans la chambre d’hôte de Conchita, on retourna au port ensemble et elle me présenta le capitaine du « Piccolo », un destrier ketch en métal, amputé d’un mât à cause d’un accident de cargo. Une semaine plus tard, j’étais au milieu de l’eau en direction du Cap- Vert, aux côtés de Philippe le marin-pêcheur à la retraite et de Lola, qui m’avait menée sur le bateau et entre temps changé d’avis pour sa recherche d’emploi.

Il est 7 heures du matin et la côte de Sao Vicente se dessine devant nos yeux. Un assemblage de sommets escarpés, pointus et irréguliers, encadrés par la brume. Ce bloc de stabilité paraît onirique après dix jours encerclés par les vagues.

La marina en elle-même était un petit théâtre, sans avoir à quitter le port. Il y avait le Portugais escroc qui tentait de refiler ses pièces de mauvaise qualité à tout le monde et parfois son fils de 8 ans pour dix minutes, le Français avec une coupe mulet sur son catamaran, et une Allemande endeuillée qui vivait seule sur un voilier qui ressemblait à un bateau fantôme dans la nuit

Récit de voyage d’Eve Lagrange à lire dans Bouts du monde n°41

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