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Bouts du monde n°1115 
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Carnet de voyage Mongolie

Le rêve était si fort que Michaël Guichard a fini par tout plaquer pour les steppes. Juste le temps d’un hivernage, afin de vérifier s’il pouvait s’adapter, vivre comme un nomade, s’occuper des troupeaux par moins trente degrés. Il a réussi et il en est fier, à juste titre. La solitude et l’éloignement de ses proches ont parfois eu le poids d’un âne mort. Alors, chaque semaine, pour tromper le vague à l’âme ou bien au contraire l’entretenir, il écrivait à son ami en France, celui avec qui il avait découvert la Mongolie trois années auparavant.

– EXTRAIT –

Te souviens-tu du livre que tu m’as offert quand j’ai quitté la France ? Je suis parti uniquement avec ce livre, censé me servir de « capsule de survie » en cas de coup dur.

Avant de quitter la capitale, j’en ai emprunté un autre, à l’auberge. Me voilà donc avec deux livres pour sept mois. Ça fait peu de pages par jour, même si le tien est une compilation des œuvres de Vian sur mille trois cents pages. Le second, par contre, est un peu maigre : c’est « l’identité » de Kundera.

Alors, j’ai ouvert le premier, j’ai appris deux poèmes de Boris. Lire dans la steppe, c’est comme lire sur la plage, au café ou dans les rues de Beijing. C’est comme au cinéma, quand on sort du livre, on ouvre de grands yeux ébahis sur l’éblouissement de la réalité. (…)

Durant ces quatre mois en Mongolie, je compte lire peu, mais avec profondeur et délice. Je mangerai juste le nécessaire, Je boirai rarement autre chose que du thé, je ne ferai sûrement pas l’amour, pas de cinéma ni d’enivrement avec les amis, pas de sport non plus car on ne se fatigue pas gratuitement en hiver…

Mais je compte bien, dès mon retour, profiter au centuple de ces plaisirs, en profiter avec passion après sept mois d’abstinence.

Le voyage a la force d’apporter ces contraintes qui sont un véritable plaisir si on apprend à en profiter. Bousculer ses habitudes, se retrouver en manque, en défaut, et avoir, plus tard le plaisir d’y revenir, entièrement ou partiellement. (…)

J’apprends beaucoup de choses, ici dans les steppes. J’apprends la langue, le travail, le rythme de vie, d’autres choses aussi qui étaient en moi et qui nécessitaient une vacuité pour s’exprimer. Et puis, par-dessus tout, j’apprends le temps, j’apprends à le construire, à en jouir avec détachement, sans le subir.

À bientôt mon ami. Que la vie t’apporte, à toi aussi, la satisfaction d’apprendre et d’être appris”.

Retrouvez l’intégralité du récit de voyage de Michaël Guichard en Mongolie dans Bouts du monde n°11.

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