Himalaya : une route pour Kargyak

Isabelle
Coulon
/
Himalaya
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Bouts du monde n°3315 
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Carnet de voyage Inde

Carnet de voyage. La réalisatrice Isabelle Coulon, qui travaillait avec une équipe de cinéastes, a rencontré la sagesse dans les hautes vallées du Zanskar, en Himalaya. Elle s’incarnait en la personne du moine Tsultrim Chonjor. Son sacerdoce : construire, seul, une route en franchissant un col à plus de 5 000 mètres d’altitude pour désenclaver sa communauté, isolée, à une semaine de marche de la grande route.

– EXTRAIT –

Darcha Dangma est un petit village du nord de l’Inde niché dans les contreforts de l’Himalaya. C’est ici, à 3 400 mètres, que nous avons prévu de passer quelques jours pour nous acclimater à l’altitude. Jean-Michel, Nicolas et moi composons la partie française de notre équipe. Deux jours plus tôt, nous retrouvions Tashi, l’organisateur de notre expédition, à Manali, à 150 kilomètres plus au sud. Aujourd’hui, nous rencontrons le reste de l’équipe de tournage : des guides, des cuisiniers, des porteurs et leurs chevaux. Et surtout nous attendons celui qui est au cœur de l’aventure, celui dont nous sommes venus filmer l’épopée himalayenne : Tsultrim Chonjor. (…)

Jean-Michel et moi parcourons le monde ensemble depuis huit ans. Nous avons une confiance indéfectible l’un envers l’autre. Chacun connaît les limites de l’autre, mais aussi ses points forts. Je connais ses attentes et son exigence, lui ne mésestime jamais ni mon ressenti, ni mon regard. Avec Nicolas, c’est le deuxième tournage que nous partageons. Nous avons confiance en lui, en son professionnalisme et en sa capacité d’adaptation. Chacun d’entre nous sait qu’il devra toujours avoir un œil attentif et bienveillant sur les deux autres car dans quelques jours une épreuve particulièrement difficile nous attend, celle de la haute montagne. (…)

Deux jours plus tard, un vieil homme de 74 ans s’approche de nous, la peau du visage tannée par le soleil, une petite paire de lunettes en métal sur le nez, un bonnet orange sur la tête et vêtu d’un grand manteau rouge sombre. Dans ses yeux, un mélange de douceur, de malice, et de détermination. Enfin, nous rencontrons l’homme qui est au centre de nos préoccupations depuis des mois ! Il semble heureux de nous voir, et le contact est immédiat. Il nous explique que le temps lui est compté car nous sommes déjà en août. Dès que l’hiver recouvrira le Zanskar de ses premiers flocons de neige, il devra stopper ses travaux. Cet été, il a prévu de reprendre son chantier depuis le col de Shingo La, à plus de 5 000 mètres d’altitude, et de construire vingt kilomètres supplémentaires de route sur un dénivelé de 1 100 mètres.

Carnet de voyage d’Isabelle Coulon à découvrir dans Bouts du monde n°33

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