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Bouts du monde n°1615 
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Carnet de voyage Russie

Une ville où les habitants réalisent des sculptures en pneu pour décorer des quartiers laissés à l’abandon n’a de leçon d’urbanisme à recevoir de personne. Au premier abord (en 2013, ndlr), Laure Fissore a vu une ville absurde. Au second coup de crayon, elle l’a trouvée profondément touchante.

La première office du tourisme à Moscou a ouvert en 2013, voilà qui en dit long. Une ville peu connue, et pour tout dire rédhibitoire à première vue. Immense, elle vous happe, vous siphonne. Entre les méandres du métro, à côté duquel le réseau parisien semble chaleureux, les routes à huit voies en plein centre ville, et les blocs de béton. Mais à s’y pencher d’un peu plus près on peut découvrir les perles, les petites choses qui se cachent derrière une cour, au cœur d’un quartier excentré, pour peu qu’on se donne la peine de les chercher. Et il faut s’en donner la peine, car elles sont souvent bien cachées. Et c’est aussi ce qui en fait le charme. En Russie, le patrimoine est rarement mis en valeur, très peu d’infrastructures touristiques, mais aussi parfois des merveilles à l’abandon. Même au cœur de la capitale.

C’est une ville loufoque, où aucune règle ne semble avoir cours, aucune logique qui ne fasse foi ici. « Quand des gens arrivent à Moscou, ils essaient de trouver les codes, pour savoir comment se comporter. Mais la seule loi qui vaille ici c’est qu’il n’y en a pas ! » a dit Katia, journaliste pour Bolchoï Gorod, hebdomadaire spécialisé sur la capitale. A écouter les histoires des uns et des autres on se croirait dans un univers absurde, où tout peut arriver.

Des sculptures improvisées pour décorer le quartier

En visitant un ancien village englouti depuis par la métropole, ayant conservé ses petites ruelles de maisons en bois et sa forêt en lisière des barres d’immeuble, on apprend que tout ce territoire appartient à un sculpteur, un proche de l’ancien maire. Celui-ci lui a carrément donné cet immense terrain, sans faire cas bien sûr des habitants de la zone. Le sculpteur compterait un jour y installer un parc d’attraction. Une épée de Damoclès pèse au-dessus des « villageois », mais pour le moment, rien n’a encore eu lieu.

C’est aussi une ville où les habitants se réapproprient leur environnement. On y voit des sculptures improvisées pour décorer un quartier, en pneus le plus souvent. Des peluches accrochées aux poteaux ou des mangeoires à oiseau suspendues un peu partout, découpées dans des briques de lait ou des bidons d’eau. Les Moscovites décorent leur rue, leur quartier, leur cour d’immeuble. Pour en faire, des endroits de vie, douillets, aménagés avec des éléments personnels, comme à la maison. Il y a dans cette démarche un côté naïf et sincère. Le résultat est peut être kitsch, les peluches délavées et sales peuvent être laides, mais le geste est profondément touchant.

Les dessins de Laure Fissore à découvrir dans Bouts du monde n°16

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