Les vieilles histoires de Bouts du monde

3 juin 2019
Les vieilles histoires de Bouts du monde

1. Le mystérieux carnet de voyage de sœur Marie-Simone 

 Bouts du Monde Anciens histoire

 

C’était dans une rue de Nantes, il y a deux ans. Mélanie remarque, abandonné sur un trottoir, un vieil album photo, semblable à ceux qui sont rangés dans les armoires des grands-mères. Elle ose tourner les pages jaunies par le temps, découvre une écriture régulière à l’encre noire, des bribes de correspondance épistolaire, des photos et puis une carte des îles Salomon, dessinée à la main. Ce carnet de voyage n’a jamais eu vocation à être publié. Son auteur s’appelle sœur Marie-Simone. Elle était sœur à Sainte-Foy-lès-Lyon. Elle accompagnait une de ces missions que les pères maristes menaient dans les îles Salomon au début du siècle dernier. Nous n’avons pas retrouvé la famille de sœur Marie-Simone, nous ignorons même son nom. Nous avons choisi de publier des extraits de ce carnet de voyage, espérant peut-être remonter le fil d’une histoire.

« Qui était sœur Marie-Simone ? Quel âge avait-elle quand elle a quitté le noviciat de Saint-Foy-lès-Lyon ? Combien de temps est-elle partie ? Au début des années 1920, elle a rejoint une mission dans les îles Salomon. Elle appartenait à la congrégation des sœurs maristes, éducatrices, missionnaires, hospitalières. Dès le début de ce qui représente pour l’époque une extraordinaire aventure, sœur Marie-Simone écrit, prend des photos, colle des cartes postales. Elle a voyagé à bord du S. S. Doukkala, « paquebot poste rapide français ».

Elle immortalise « un coin de la rade » de Sydney au large de laquelle croisent un bateau vapeur et un trois-mâts ; sur les côtes, les maisons n’ont qu’un seul étage. Et elle raconte sa vie à Gagan-Buka, où la mission des pères maristes s’est installée. Ce qu’elle montre ressemble à ce qu’on voyait et lisait habituellement dans les carnets de voyage, avec une approche naturaliste, presque ethnologique d’un nouvel environnement Mais sœur Marie-Thérèse n’était pas scientifique. Juste curieuse, et désireuse de faire partager ses étonnements et découvertes. « Comme je voudrais pouvoir vous envoyer quelque chose de nos îles, aussi moi ! Mais hélas, il n’y a pas de bureau de poste à Buka ; je collectionne pourtant, lorsque j’aurai assez de choses intéressantes, je prendrai des renseignements pour les expédier », écrit-elle dans une lettre à sa mère en réponse à un colis qui lui est parvenu quelques mois auparavant. »  Lire plus

Carnet de voyage à découvrir dans Bouts du monde n°4

 

2. Fabuleux voyage de Théodore Pavie à New York à 1829

Dans les soirées de printemps, on vient respirer l’air frais de la mer, écouter la musique qu’on y exécute et promener ses regards sur la baie et les forts voisins qui s’élèvent de distance en distance sur les îles que la nature a jetées à son gré et couvertes d’ombrages délicieux. (…)

En face du boulingrin s’étend une place ronde plantée d’acacias et d’arbustes avec une pelouse verte au milieu, comme les squares de Londres. C’est là que commence Broadway, la plus longue et la plus belle rue de New York et de toute l’Amérique. Ce chemin, comme l’indique son nom, traverse la ville en entier. Cinq voitures peuvent passer de front sur la chaussée, qui est un pavé macadamisé et recouvert de sable, tandis que de chaque côté s’étendent de larges trottoirs en dalles grises. Autrefois, des arbres formaient une allée le long des maisons, aujourd’hui on a reconnu que l’humidité entretenue par le feuillage nuisait à la salubrité de la ville, et on les abat successivement. Pendant l’espace d’un demi-mille, Broadway est une suite de magasins brillants, de cafés et d’hôtels. Dans les brûlantes journées d’été, des toiles sont tendues audessus des trottoirs, des voitures arrosent l’intérieur de la rue, et on voit sur les bancs qui bordent les hôtels, les voyageurs vêtus à la légère, respirant la brise du Nord qui traverse la ville, passer une partie du jour à fumer des cigares et à lire les journaux des deux mondes. Une foule de voitures et de chariots se pressent en tous sens ; les négociants parcourent la ville à cheval, un parasol à la main, au petit galop de leurs coursiers, qu’ils abandonnent au milieu d’une rue pour vaquer à leurs affaires, sûrs de les retrouver à la même place. Les fashionables, les cockneys vont flâner d’un magasin à l’autre, s’arrêtent de café en café, ou se promènent nonchalamment sous les ombrages des arbres et des tentes. Lire plus ...

Carnet de voyage  à découvrir dans Bouts du monde n°5

 

3. 1928, l’équipée japonaise 

 

Septembre 1918. L’équipe de France d’athlétisme a pris une déculottée. Il faut dire que les athlètes, privés de Camembert et de vin rouge dans le Transsibérien, étaient arrivés affamés et épuisés à Tokyo pour cette rencontre internationale face au Japon. Ce n’était pas très grave puisque les résultats de cette rencontre ne figurent nulle part, la fédération française d’athlétisme oubliant de les faire figurer dans les records. Heureusement, Pierre Lewden, le capitaine de l’époque, tenait à jour son carnet de bord.

« Déjà, l’absence de vin avait provoqué de véhémentes protestations de plusieurs équipiers, ne concevant absolument pas que le vin fût une boisson exceptionnelle en dehors des frontières latines. Manquait aussi l’indispensable camembert qui aurait permis de compenser de graves insuffisances.

Malgré l’heure matinale, 6h45, l’équipe de France, accueillie à la descente du train par les autorités locales, défila entre deux haies de boy-scouts et pénétra dans un vaste local de la gare où le champagne de chez nous scella la première rencontre. Peu après, entre les haies d’écoliers qui agitaient des drapeaux français et nippons, nous passions sous un arc de triomphe, pendant que résonnaient les hurrah et les  banzaï poussés par les enfants. Un petit-déjeuner dans le bel hôtel Yamato fut suivi, à ma demande, d’un léger et sommaire « décrassage » sur le terrain de sport de la ville. Nous en avions tous besoin, et les Japonais ne firent aucune difficulté pour faciliter cette diversion qu’ils n’avaient pas prévue. En effet, à 12h30, nous reprenions le train pour couvrir les 705 km nous séparant de Daïren, notre terminus. »  Lire plus

Carnet de voyage à découvrir dans Bouts du monde n°8

4. Dans la roue de Jeanne sur les chemins de Bretagne 

C’est l’histoire d’un carnet écrit à l’encre violette. Il raconte les jours heureux de Jeanne Loiselet, un récit romantique de ses virées à bicyclette à la pointe bretonne, en 1908, recopié en huit exemplaires pour sa famille. C’est l’idée de deux jeunes femmes qui décident, un siècle après Jeanne, de pédaler sur ses traces. L’une emporte ses tubes de gouache, l’autre prend son petit carnet. C’est une aventure qui n’a nécessité ni passeport, ni visa. Un voyage dans le temps, quelques bouffées d’embruns et d’émotion sur les chemins du Finistère.

« Nous arrivons au port de Maison Blanche après une belle descente. Cette petite anse a des allures méditerranéennes avec ses bicoques de toutes les couleurs. L’une d’elle a la porte grande ouverte. Au plafond, sur les murs, partout, des casquettes, des dizaines de casquettes alignées qui prennent la poussière. La table est couverte d’une toile cirée fatiguée. Dessus, un cubi de rouge, quelques verres et un réchaud à gaz rouillé. Tout est de bric et de broc. « La Taverne des retraités », indique un petit panneau sur le seuil. « Entrez, entrez ! », me lance le propriétaire des lieux. La soixantaine, le visage rougi par le soleil, il ne se fait pas prier pour discuter. « J’ai mon cabanon, oh ça doit faire dix ans maintenant. C’est quand un collègue est décédé, bah je l’ai récupéré. Mais tout ça qu’est ici, c’est lui qui l’a installé. J’ai rien touché, ah non. C’est sentimental. Oh, les casquettes… C’est les collègues qui me les envoient quand ils partent en voyage. Y a des trucs de pub aussi. On se connaît tous ici, quasiment. Je viens tous les jours. Ah oui j’ai le temps ! Je suis retraité ! Ça fait cinq ans maintenant, avant je travaillais là-bas, à l’arsenal. Y avait du maille là-bas à l’époque. Ces cabanes, elles datent de l’après-guerre. A l’époque, il y avait des ouillages sauvages dans cette anse. Et puis, quand on revient de la mer, c’est bien pratique de pouvoir se changer, se réchauffer. Donc ils ont fait des cabanes. Faut dire qu’à l’époque, c’était pas si facile que maintenant de se déplacer, de venir jusqu’ici ! C’était plutôt à vélo, comme vous, en fait. Mais c’était connu parce qu’avant, y avait un restaurant et une salle de danse là-haut dans la falaise. Moi j’ai un petit bateau, vous voyez la bouée orange ? Bah c’est celui juste derrière. Et puis ici, je range mes cannes à pêche, vaut mieux pas les laisser dehors… Y a du vandalisme ici parfois. Surtout en fin d’année scolaire. Les jeunes ici viennent faire des barbecues, ça craint un peu quoi. Oh, salut Fanch ! Enfin, on est bien quand même, surtout quand il fait beau. »  Lire plus

Carnet de voyage à découvrir dans Bouts du monde n°20

 

5. Cimes et brigands

Dans leurs sacs à dos, il y avait des bottes-à-crampons, des piolets, des cordes et de la marmelade d’oranges Crosse & Blackwell. En 1909, Alf, George et Max , alpinistes norvégien et australiens d’une vingtaine d’années, arrivent par hasard dans un village perdu de la vallée Nebbia, en Corse. Jamais aucun étranger n’était parvenu jusque là. Avec leurs têtes de bandits, ils n’étaient pas certains d’être bien accueillis dans ce village, surtout peuplé de femmes depuis que les hommes avaient pris l’habitude d’y régler leurs différends à la chevrotine.

« Il y avait là à peine vingt à trente maisons, pour la plupart assez petites, mais contrairement à celles que nous avions vues jusque-là, elles étaient lisses, blanchies à la chaux.

Quand nous faisions notre entrée dans des villages inconnus, après avoir passé du temps dans la montagne, nous étions habitués à être regardés avec une profonde méfiance. Compte tenu de l’air qu’on arborait à ce moment-là, ce n’était pas vraiment étrange. Les gens avaient sans doute l’habitude de voir arriver des bandits, mais pour eux, nous étions un genre nouveau, dont ils se méfiaient au plus haut point.

Toutefois, l’attitude de ces villageois nous sembla quelque peu différente de celle des autres, chez qui nous avions provoqué la peur, compte tenu de notre allure. Ici, les habitants avaient l’air curieux, mais sans jamais nous donner l’impression qu’ils étaient effrayés. Un groupe d’une vingtaine d’hommes de différents âges se rassembla, avec derrière eux un nombre considérable de femmes. Ils se postèrent dans une attitude d’expectative, sans jamais nous donner l’impression qu’ils étaient sympathiques, le moins du monde. (…)

Là, aux dires de notre hôtesse, il restait encore quelques membres des Giovanelli, famille communiste qui avait été pratiquement exterminée, quelques centaines d’années plus tôt. Au moment de l’arrivée de notre hôtesse, le village de Nebbia était déjà principalement habité par des femmes, puisque, selon la bonne vieille coutume corse, les hommes s’entretuaient en raison de désaccords d’ordre personnel. En peu de temps, les parents de notre hôtesse s’étaient donc imposés comme chefs du village ; et quelques années plus tard, quand son père ne revint pas d’un de ses voyages à travers la trouée de Tafunatu, sa mère n’eut qu’à le remplacer. Peu à peu, la mère et la fille instituèrent un mode de vie purement matriarcal, ce qui était alors beaucoup plus facile, sachant qu’il y avait au village quatre femmes pour un homme. Pour maintenir le nombre des hommes à un niveau suffisant pour assurer la reproduction et procéder aux travaux les plus rudes, les homme restants avaient été privés de leurs armes – lesquelles furent par la suite utilisées de manière raisonnable.  »  Lire plus

Carnet de voyage à découvrir dans Bouts du monde n°26

 

 

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