Motor Hotel : une errance américaine

Bertrand
Boulbar
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Etats-Unis
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Bouts du monde n°1415 
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Carnet de voyage États-Unis

En septembre 2010, Bertrand Boulbar part seul aux Etats-Unis. Pas de plan de route. Juste une voiture louée, son matériel d’enregistrement, sa guitare et une carte routière. Une traversée de huit mille kilomètres en Ford, entre New York et San Francisco. Le soir, dans la solitude des chambres miteuses ou dans les villes perdues du Middle West, il met en musique l’Amérique du bord des routes. Il a suffi ensuite à son copain Vincent Gravé d’écouter son disque pour mettre en scène cette errance américaine.

 

– LONG FORMAT –

 

31 août 2010. New York / Candy Hotel. Il est 3h20 du matin et je suis déjà réveillé depuis une heure. Impossible de me rendormir. Je pense que je vais bientôt sortir et faire une grande marche pour voir Manhattan se réveiller. La journée d’hier ne fut pas de tout repos. Après le vol, les formalités douanières ont été très longues. Je suis ensuite allé récupérer la voiture. Ils m’ont donné une espèce de cube sans coffre et sans plage arrière pour cacher le matériel. Je dois donc retourner aujourd’hui à JFK pour qu’ils me la changent.

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Mercredi 1er septembre. Gettysburg – Pennsylvanie / Motel 6. J’ai décidé de passer par le comté de Lancaster, la région amish. Arrivé sur place, j’ai tourné dans la ville du même nom mais pas l’ombre d’une carriole ou d’un barbu. Le soir tombant, toujours sur la route, je me suis mis en quête d’un motel. J’ai refusé la première solution de facilité qui s’est présentée à moi, un Motel 6 pourtant accueillant qui ne demandait qu’à réparer mon manque de sommeil. J’ai poursuivi ma route, voulant absolument de l’authentique.

Au loin, l’enseigne du Jefferson Motel paraissait accueillante, un peu vintage, l’Amérique à papa. En me rapprochant, j’ai vu qu’il s’agissait en fait d’une espèce de ruine. J’ai fait quelques motels pouilleux lors de précédents voyages mais celui-là battait vraiment tous les records. Mais je ne me suis pas démonté, voulant me prouver que je pouvais dormir ici. Je suis donc allé frapper au carreau de la réception mais pas de réponse. J’avoue ne pas avoir insisté beaucoup. Je suis remonté doucement dans la voiture, espérant que personne ne sortirait en courant pour venir me proposer une chambre. J’aurais été le seul client… Très honnêtement, je conseille fortement au FBI d’aller creuser autour du Jefferson Motel. Peut-être arriveront-ils à y déterrer quelques vieux dossiers.

Finalement, je suis ce soir dans un Motel 6, à Gettysburg en Pennsylvanie. Ma chambre est tout à fait proprette mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! Quant à la musique et à l’écriture, le travail commencera normalement demain…

Jeudi 2 septembre. Burnsville – Virginie Occidentale / Motel 79

J’ai repris la route en direction de l’Ouest (évidemment). J’ai traversé les Appalaches. Je ne voulais pas rouler trop longtemps pour pouvoir profiter de la fin d’après-midi pour commencer à écrire et composer. J’ai donc décidé de faire une halte à Whitehall, sur la Highway 79, pour rechercher un motel. Aucun motel mais beaucoup de parcs à mobil-homes. Aux Etats-Unis, comme les logements sociaux n’existent que dans les grandes villes, ce sont les mobil-homes qui servent de logements pour un certain nombre de chômeurs ou de travailleurs pauvres qui n’ont pas les moyens d’habiter autre part. Comme il s’agit de logements privés (et de mauvaise qualité), les propriétaires n’entretiennent pas et les choses se dégradent très vite. Dans certains cas, ça ressemble presque à des bidonvilles. Et c’était le cas à Whitehall. J’ai voulu faire quelques photos. Je me suis donc arrêté devant le pire trailer park de la zone. Il y avait des gamins qui jouaient dehors et quelques mères de famille assises devant leur porte. Ils m’ont regardé et je n’ai pas réussi. J’étais trop gêné de venir ainsi photographier leur misère. J’ai donc ramassé ma carte routière, fait mine de chercher ma direction, et je suis reparti. Ma première chanson s’appellera surement Sunshine Valley, du nom de l’un de ces trailer parks…

 

J’ai repris la Highway et tenté ma chance du côté de Weston pour trouver un motel. J’ai vu une sorte de bar de bord de route, le High Life Lounge, et j’ai décidé de faire une pause. En fait, il s’agissait d’un mini-casino de village. Six ou sept machines, un bar, des vieilles télés et des vieux qui se connaissaient tous. La bière n’était pas chère (1,5 dollar). J’aurais bien essayé de discuter un peu (« I’m French and I cross your country ») mais un vieux avec un énorme défaut de prononciation (il n’avait pas l’air très clair) n’arrêtait pas dire « Mais pourquoi il ne joue pas ? ».

Ça avait l’air de l’embêter beaucoup parce qu’il semblait prononcer, à mon encontre, des mots de plus en plus virulents (des mots que, bien évidemment, je ne comprenais pas). Je me suis donc contenté de regarder mon verre, lancer quelques sourires entendus à mes voisines et j’ai décampé.

Finalement, je suis à Burnsville, toujours sur la Highway 79, dans un vrai motel : Le Motel 79. 27 dollars la nuit. Une climatisation d’un autre âge (qui fait le bruit d’un 747) une vieille télé. L’écriture m’attend…

Vendredi 3 septembre. Burnsville – Virginie Occidentale / Motel 79 (2e jour)

Bon, je suis très embêté ce soir. Pour vous résumer la situation, je suis resté à Burnsville pour écrire ma première chanson. Ce matin, je me suis levé vers 7 heures, je suis allé dans un diner pour prendre mon petit déjeuner et j’ai ensuite parcouru la ville. J’y ai retrouvé des parcs à mobil-homes, des ambiances à la Russel Banks et j’ai donc décidé de rester une journée de plus pour écrire cette chanson. J’ai travaillé toute la journée dans ma chambre de motel. A l’arrivée, j’ai une chanson plutôt sombre sur cette ville au milieu de nulle part et ses trailer parks.

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Après ce dur labeur, j’ai décidé ce soir d’aller manger dans le second diner de la ville. Et là, j’ai passé une soirée géniale avec des gens vraiment gentils. Il y avait des musiciens qui jouaient de la country (le type au banjo a ensuite pris la guitare et ça jouait vraiment très bien). Ils m’ont accueilli à bras ouverts. Un mur était rempli de billets dédicacés par les clients. On m’a demandé de faire ma dédicace, les musiciens ont joué des chansons pour me faire découvrir la musique locale, on m’a offert des bières et je suis ressorti de là heureux de ma soirée (et avec les chaussures à bascule).

Bref, je suis bien embêté… J’en fait quoi de ma chanson maintenant ?

Samedi 4 septembre. Lexington – Kentucky / Motel 6

La route de nouveau. J’avais décidé de ne pas faire une longue étape aujourd’hui pour pouvoir continuer à travailler sur ma chanson. Je me suis donc arrêté vers 14 heures dans un Motel 6 de Lexington dans le Kentucky. Lexington est une grosse ville, capitale du cheval (et jumelée avec Deauville). On est très loin de Burnsville… Je suis donc resté dans ma chambre pour travailler. J’ai cherché désespérément un KFC ce soir sur la zone commerciale où le motel est installé. Je me suis dit que ce serait probablement la seule fois de ma vie que je pourrais manger du KFC comme nourriture locale. J’en ai un en bas de chez moi en France et je n’en ai pas trouvé ce soir en plein milieu du Kentucky.

Dimanche 5 septembre. Nashville – Tennessee / Hallmark Inn. Ce matin, grande question devant la carte routière : Nashville ou pas Nashville ? Je suis déjà passé dans la capitale de la country lors d’un précédent voyage. Mais je me suis dit qu’enregistrer dans un motel de Nashville, ça avait quand même de la gueule. J’ai donc pris la route, la petite route, en évitant la highway pour profiter un peu du Kentucky profond. Je me suis trompé à un embranchement et je suis parti sur une sorte de départementale où il n’y avait vraiment rien du tout. Jusqu’à ce que j’arrive à la petite ville d’Edmonton (1 500 âmes) qui fêtait ses 150 ans. Je me suis baladé un peu et ai rencontré quelques personnes. On sent vraiment l’idée de communauté dans ces petites villes. On élit son shérif, son juge local et tout le monde se connaît.

Je viens d’arriver à Nashville. J’ai tourné un peu, histoire de trouver un motel autre que ceux proposés par les grandes chaînes d’hôtellerie. Je me suis finalement arrêté dans un motel construit probablement dans les années 60 : le Hallmark Inn. Ce petit côté « vintage », sympathique au premier abord, a une réalité beaucoup plus sombre. Il y a un certain nombre de personnes qui vivent ici à l’année (comme de plus en plus souvent dans les motels très bon marché). J’ai croisé une vieille avec son déambulateur. Il y a aussi plusieurs familles noires. Des types traînent sur le parking. C’est très glauque, beaucoup plus qu’à Burnsville parce qu’à Burnsville on était à la campagne. Ici, l’ambiance est urbaine et ça crée tout de suite une atmosphère spéciale, une sorte de tension.

Lundi 6 septembre. Nashville – Tennessee / Hallmark Inn (jour 2)

Je suis finalement resté une nuit de plus à Nashville. J’avais très envie d’écrire et d’enregistrer. La chambre est assez calme et je me suis dit que je pourrais me faire une journée complète de travail (ce que j’ai fait et je suis d’ailleurs très content).Lorsque je suis allé à la réception ce matin pour payer ma deuxième nuit d’hôtel, il y avait un flic dans le hall qui était assis face à une fille qui dormait sur son fauteuil. Je ne sais pas trop ce qu’il faisait mais lorsque j’ai dit à la réceptionniste que je restais une nuit de plus, il m’a fixé avec de grands yeux ronds pleins d’incompréhension.

Soirée Country hier sur Broadway. C’est vraiment la capitale de la musique blanche en Stetson (j’ai vu très peu de Noirs sur le boulevard). Musicalement, c’était décevant. J’aime bien la country mais il y a beaucoup de courants et ce qu’on entend maintenant à Nashville est une sorte de Country-Rock FM assez gerbante. Les chanteurs sont des mecs bodybuildés (avec une couche de graisse recouvrant l’ensemble), les chanteuses sont des espèces de grandes Texanes en santiags avec des sourires tellement « ultrabrite » qu’on se demande comment elles peuvent fermer la bouche (…) J’ai préféré aller à la rencontre des musiciens de rues. Il y en a quelques-uns sur Broadway qui tentent d’attirer un peu d’attention mais la foule préfère s’engouffrer dans les clubs.

Je les ai donc écoutés et j’ai discuté un peu avec eux. Certains sont là depuis des années et survivent, tant bien que mal, dans la rue. D’autres sont de passage et viennent tenter leur chance en espérant décrocher quelques contrats (Nashville regroupe toute l’industrie musicale country). C’est très dur pour eux (moralement et financièrement). Mais je trouve que les musiciens américains font le job jusqu’au bout. Même dans la rue et sans public, ils jouent à fond le jeu.

Pour finir, un plan « Guide du Routard » pour les amateurs de filles qui affichent haut et fort leur passion du brushing et de la manucure. Le samedi soir à Nashville, des grappes de filles éméchées passent leur soirée à boire et à hurler. L’Amérique profonde vient enterrer sa vie de jeune fille ici (sac à vomi conseillé).

Mardi 7 septembre. La Center – Kentucky / La Center Motel

A Nashville, les clubs sont quasiment ouverts 24/24h et les musiciens ou les groupes se relaient de huit heures du matin à très tard dans la nuit. Donc, lorsque vous passez tôt le matin, il y a toujours de la musique live. Il n’y avait vraiment pas grand monde sur Broadway en cette matinée de jour férié.

J’ai décidé de rentrer dans un club où un vieux chanteur jouait la Country que j’aime. Il n’y avait qu’une seule cliente, de son âge. Je me suis donc assis au comptoir, ai pris un café et écouté ce concert. La seule spectatrice le regardait amoureusement et lui, lui lançait quelques œillades. J’ai vite compris qu’il devait s’agir de sa femme. J’étais donc le seul public. Il m’a demandé, du bout de la salle, quel chanteur country je préférais. En comprenant que j’étais Français, il a chanté une chanson avec des refrains qui parlaient de « je vous aime » et de « rendez-vous ».

J’ai fini mon café et préparé mon pourboire (puisque les musiciens sont payés au chapeau dans les clubs de Nashville). En déposant mon « tip », j’ai vu qu’il y avait deux CD en vente, dont l’un avait pour pochette une photo déjà ancienne du couple : John & Lois Shepherd. J’ai décidé de l’acheter. Sans rien me demander, il sortit son stylo pour me faire une dédicace. Il me montra la pochette puis la femme et il me dit : « C’est Lois qui est là, elle chante aussi sur le disque ».

Puis, tout en signant, il baissa la voix et me demanda si je pouvais également faire dédicacer le disque par sa femme. Ce n’était pas une proposition mais une demande. Et il me le demanda trois fois, discrètement. Je fis donc également signer mon disque par Lois qui me laissa comme dédicace « Thanks for coming to see us » comme un remerciement pour avoir été le seul public de son mari… Je pense qu’aucun des deux n’était dupe sur la situation (ils étaient trop vieux pour ça) mais chacun jouait le jeu avec de délicates attentions.

Vous allez peut-être trouver ça ridicule mais quand je suis sorti du bar, j’ai vite mis mes lunettes de soleil. J’aime pas le dire (parce qu’on est dans un coin de cowboys, durs et solitaires), mais j’avais les larmes aux yeux. J’ai repris la route vers le nord tout en écoutant John & Lois

Jeudi 9 septembre. Kansas City – Missouri / Econolodge Inn

Depuis des années, je me demandais pourquoi les guides touristiques sur les Etats-Unis ne traitaient jamais du Middle West. J’ai enfin compris. Tout simplement parce qu’il n’y a rien à voir. Depuis trois ou quatre jours, j’ai l’impression d’avoir fait cinq fois le tour de la Normandie, de tourner en rond. Toujours les mêmes paysages : le vert, quelques forêts, des champs, des bovins. J’ai fait des portions d’autoroute, essayé la nationale pour varier un peu mais rien ne varie (j’ai quand même croisé quelques Amish mais doubler leur carriole fut une distraction de courte durée). L’autoroute traverse les grandes plaines. La nationale traverse des villes identiques. Les petites : une rue principale, un restaurant, une station-service et des types avec des casquettes de truckers. Les plus grandes (comme Springfield , 150 000 habitants où j’étais hier) : un petit centre historique et une immense zone commerciale à perte de vue. C’est fou ces zones commerciales, d’ailleurs. Même dans les villes de 10 000 ou 15 000 habitants, elles sont énormes et paraissent totalement disproportionnées par rapport à la taille de la ville. Bref, j’ai donc hâte de traverser ce Middle West, qui m’intéressait pourtant beaucoup, pour gagner le Colorado.

J’ai fait une petite portion de route 66 aujourd’hui. Pas facile de la trouver d’ailleurs. Elle n’existe plus officiellement. Des parties ont disparu, d’autres ont été recouvertes par l’autoroute et la grande majorité a été rebaptisée en route régionale. Mais c’était sympa de rouler sur cette 66 déserte et de voir des anciens bâtiments ou de vieilles stations-service d’un autre temps, abandonnées.

Je suis ce soir à Kansas City qui, comme son nom ne l’indique pas, est située dans le Missouri.

3500 kms parcourus jusqu’ici.

Samedi 11 septembre. Garden City – Kansas / Rodeway Inn Wheat Lands Hotel. Je disais avant-hier que je n’avais qu’une hâte : quitter le Middle West pour gagner le Colorado. Je n’en pouvais plus du paysage normand. J’ai donc pris ce matin l’autoroute 70, à destination de Denver, pour traverser tout le Kansas. Mais j’ai adoré le Kansas. Les paysages n’étaient plus ceux de ma Normandie natale. La végétation avait changé. Je suis sorti de l’autoroute pour faire le plein d’essence et j’ai roulé pendant un certain temps sur une petite route régionale. C’était très beau : de grandes étendues à perte de vue, du relief, l’aridité.

Je voulais absolument traverser le Kansas pour une seule raison : j’adore le livre « De sang froid » de Truman Capote. Pour ceux qui ne connaissent pas, ce livre part d’un fait divers de 1959. Deux ex-détenus se rendent à Holcomb, petite ville du Kansas, dans le but de dévaliser un fermier qui, selon les dires d’un compagnon de cellule, garderait une grosse somme d’argent chez lui. Les deux ex-taulards ne trouveront que quelques dollars mais assassineront quatre membres de la famille. Truman Capote partira de ce fait divers sordide pour écrire l’un des chefs-d’œuvre de la littérature du XXe siècle. (…) Je suis ce soir au Rodeway Inn / Wheat Lands Hotel de Garden City, ville jouxtant Holcomb. Truman Capote passa plusieurs mois dans ce motel pour suivre l’enquête. Je ne voulais pas repasser sur ses traces mais je suis heureux d’être là. Ce livre est vraiment important pour moi. Demain, j’irai voir Holcomb et je tenterai de discuter avec les gens pour avoir leur point de vue sur cette histoire et sur le livre de Capote. (…)

Dimanche 12 septembre. Garden City – Kansas / Wheat Lands Hotel (jour 2)

Je suis resté à Garden City aujourd’hui pour revenir sur les lieux du livre de Truman Capote à Holcomb. C’est une toute petite ville, au milieu des champs, et il n’y a rien à part un supermarché/station-service, un restaurant mexicain et un vendeur d’alcool. Les questions sur cette histoire sont mal venues. (…)A Holcomb, une fille m’a dit que son oncle avait été le dernier à voir la famille Clutter en vie et qu’il avait été, du coup, suspecté du meurtre. Le patron de la boutique de liqueur, 70 ans et une trogne incroyable (il devait être probablement son meilleur client) n’a pas été très bavard non plus. Il m’a indiqué la direction de la ferme. Il m’a dit : « C’est une tragédie et ça reste une tragédie », il s’est renfoncé dans son fauteuil. (…)

Lundi 13 septembre. Garden City – Kansas / Wheat Lands Hotel (jour 3)

Troisième jour à Garden City et petit coup de mou ce matin au réveil. Après deux semaines sur place, la solitude se ressent à certaines heures (et c’est bien normal). Je rencontre pas mal de gens mais ce matin, on était dimanche et je savais que j’allais passer une journée seul, dans ma chambre de motel, à enregistrer. Avant de commencer à travailler, je me suis dit : « Va prendre un café en centre-ville, c’est bon pour le moral ». J’ai pris mes feuilles, mon stylo, histoire d’aller écrire dans un endroit animé. Mais Main Street était totalement déserte. Rien n’était ouvert. Je suis donc retourné dans ma chambre et je me suis fait violence pour monter mon matériel et commencer à enregistrer des guitares. (…)

Petit point gastronomie et une recette à portée de tous. C’est une nouvelle friandise qui nous vient apparemment du Texas. Vous faites une boule de beurre, vous la mettez 24 heures au congélateur et ensuite, vous la faites frire. Bon appétit…

Mardi 14 septembre. Denver – Colorado / Knights Inn Motel

J’ai quitté Garden City et Truman Capote ce matin, direction Denver. (…)Dès mon entrée dans le Colorado, j’ai commencé à voir des villes fantômes (ou tout près de l’être). Les routes que j’ai empruntées étaient quasiment vides. Je me suis arrêté dans une vieille station-service à Eads, abandonnée depuis au moins vingt ans. Je suis rentré pour prendre une série de photos. Et sur ses vieilles pompes, il y avait ce trophée sportif de 1984, oublié là.

Ce soir, je suis à Denver et c’est un autre monde. Une ville avec un vrai centre. Les gens marchent, font du footing, il y a des vélos partout, les terrasses sont bondées. Les bus en centre-ville sont gratuits et fonctionnent avec des moteurs hybrides (bio-éthanol / électricité). Et il y a même des pianos publics un peu partout dans la rue principale. Encore un autre visage de l’Amérique. Je vais y rester un peu…

Petite anecdote linguistique. Je suis arrivé ce soir au motel et j’ai demandé « Have you got a single room ». La fille me regarde. Je répète et là, elle me dit : « A Singer ? » « No a single room » et de nouveau, avec des grands yeux : « A singer ? ». C’était insupportable. Elle bosse dans un motel… J’ai donc répété, « No a ROOM for me, A ROOM !!! » Et elle a fini par comprendre… C’est très curieux cette histoire d’accent. Avec le garagiste, on se comprenait très bien. Mais demander une single room dans un motel est parfois bien compliqué…

Point-route : 4800 kilomètres parcourus et deuxième fuseau horaire passé aujourd’hui. J’ai désormais deux heures de décalage avec New York. Et toujours pas de GPS (alors ça c’est un truc que les Américains ne comprennent pas : faire une traversée des États-Unis sans GPS). Mais j’ai ma carte Michelin, monsieur !

Mercredi 15 septembre. Denver – Colorado / Knights Inn Motel (jour 2)

Denver est une ville géniale. Ce matin vers 6h30, ne pouvant plus dormir, j’ai décidé de sortir me promener. Le motel n’est qu’à vingt minutes à pied du centre-ville. Il y avait déjà plein de gens dans les rues. J’ai pris un café en terrasse et le soleil chauffait déjà avec une lumière particulière puisque Denver est à 1600 mètres d’altitude. Je me suis ensuite installé sur une des nombreuses tables publiques (avec parasols) pour pouvoir écrire. Ce fut très agréable. Déjeuner et petite sieste dans un parc ensuite. C’est vraiment une ville où les gens prennent le temps de vivre. Il y a une ambiance très sereine, très cool. Ce que j’aime, c’est qu’on ne tombe pas dans les clichés d’une ville à héritage 60’s ou 70’s ou pseudo-hippie. (…)

Petit point fashion. N’ayant emporté qu’une paire de tennis pour ce voyage (à cause du poids des bagages), j’ai décidé d’investir dans une paire de tennis à 10 dollars chez Wal Mart. C’est assez curieux, c’est un mélange de Vans et de charentaises. Et le pire, c’est qu’elles me font mal aux pieds…

Jeudi 16 septembre. Denver – Colorado / Knights Inn Motel (jour 3)

Journée à Boulder aujourd’hui. Je préfère prévenir tout de suite mon producteur que je n’ai pas travaillé. J’aurais bien voulu mais l’ambiance de cette ville ajoutée à la beauté des lieux ont fait que je n’avais rien à dire (et à écrire)…

Boulder est l’une des villes les plus en pointe en terme d’écologie. C’est aussi la ville qui abrite l’université du Colorado. Je suis arrivé ce matin assez tôt et tout était mort. J’ai donc décidé de faire une randonnée dans la montagne (puisque Boulder est situé dans les montagnes Rocheuses). Je suis redescendu en milieu d’après-midi et d’un seul coup, les vélos ont surgi de partout. Des centaines d’étudiants se baladaient en grappes. Je me suis donc arrêté pour visiter l’université. C’est un lieu qui donne envie de reprendre des études et ça n’a rien à voir avec le fait que toutes les filles soient en mini-short. C’est assez curieux d’ailleurs. Je pense que le climat est assez rude et du coup, en été, le mini-short est de rigueur.

Une bière en terrasse, une tentative d’écriture avortée et je suis reparti en centre-ville. Il y avait un immense marché de produits bio. Les gens repartaient en vélo, les sacoches pleines de laitues et autres légumes. Image insolite aux USA. (…) Je repars demain sur la route et je quitte ma chambre 119 du Knight Inn de Denver. J’entends actuellement, derrière la cloison, mon voisin russe picoler avec un copain (on sent qu’il a la bouche pâteuse et il parle de plus en plus fort). Direction l’ouest toujours.

Vendredi 17 septembre. No Name – Colorado / Glennwood Canyon Resort

J’ai décidé aujourd’hui de faire un remake du film « Into the Wild ». J’ai repris la route ce matin sur l’Interstate 70 qui traverse le Colorado. Les paysages étaient magnifiques et, au volant, je me disais toutes les dix minutes que j’avais une sacrée chance de pouvoir rouler dans ce décor.

Vers midi, une petite faim me travaillant, je suis sorti à No Name. Le nom me plaisait bien. Que peut-on trouver à No Name ? Eh bien pas grand-chose, à part un grand camping en pleine nature.

Je me suis renseigné sur les prix pour louer une petite cabine. C’était moins cher qu’un motel. J’ai donc décidé de rester. C’est spartiate, un grand lit, deux lits superposés, le tout en bois, n’ayant pas de sac de couchage, je vais peut-être me cailler un peu cette nuit. (…)

Dimanche 19 septembre. Holbrook – Arizona / Americas Best Value Inn

Pas de blog hier car j’ai été coupé du monde pendant presque deux jours . La zone de Monument Valley n’est pas très bien couverte.

Je vous avais laissé à No Name dans ma petite cabine au milieu de la nature du Colorado. La nuit fut vraiment difficile. (…) Du coup, je suis parti de bonne heure le matin pour une bonne portion d’autoroute 70 puis la route nationale 191 en direction de Monument Valley. Les paysages étaient vraiment magnifiques (je ne suis pas très original en disant ça, mais que dire de plus ?).

D’un autre côté, je pensais aux pionniers qui ont découvert cette zone. Imaginez, vous êtes dans votre chariot depuis des semaines. Quelques membres de votre famille ou de votre communauté ont déjà perdu quelques cheveux après des attaques indiennes. Vous êtes à la recherche de la petite maison dans la prairie et vous tombez sur Monument Valley. Il y a de quoi être désespéré… (…) Je suis ce soir à Holbrook, Arizona. La route 66 passait par là et elle borde désormais la Highway 40. J’y ai retrouvé des motels décrépis ou abandonnés, quelques restaurants. Vous pouvez acheter votre arme ou la revendre dans un dépôt-vente si vous le souhaitez. (…)

Petit point route : 6400 kilomètres au compteur. J’ai passé le troisième et dernier fuseau horaire. J’ai désormais 3 heures de décalage avec New York et 9 heures avec Paris (avec Rouen, je ne sais pas).

Mardi 21 septembre. Kingman – Arizona / Motel 66

Hier, ce fut une demi-journée de route (Highway 40 et route 66) à travers des paysages désertiques. J’avais presque la 66 pour moi tout seul. Ma fin de journée fut studieuse. J’ai travaillé sur de nouveaux textes. Je suis au Motel 66, sur la route du même nom (au croisement avec l’Interstate 40). Un vieux motel 60’s vraiment sympa. Chaque chambre a de grandes baies vitrées qui donnent sur la piscine (malheureusement verdâtre, décidément…). (…) Mon voisin m’a interpellé car il avait besoin d’un coup de main. Le type a une espèce de gueule à la Bukowski (le bide qui va avec) et un vieux t-shirt taché. Je ne comprenais rien à ce qu’il me disait. Il avait un problème avec sa moto, une grosse Harley Davidson. Il me parlait de « charge » et je pensais qu’il voulait que je charge sa Harley dans ma voiture, pour l’emmener je ne sais où. Je me disais : « Ce type est fou ». En fait, il voulait recharger sa batterie. J’ai donc enfin compris et nous avons discuté un peu autour du capot ouvert (un capot ouvert délie souvent les langues masculines). Bref, il était en vadrouille depuis sept semaines. Si j’ai bien compris, il s’était brouillé avec sa femme, lui avait dit « Fuck You » et il s’était barré sur les routes. Il aurait bien voulu rentrer chez lui car il n’a plus d’argent mais sa moto ne veut plus démarrer. Il est donc bloqué ici. Je ne sais pas comment il va faire mais lui, n’a pas l’air de s’en faire du tout.

(…) Je suis depuis deux jours dans ce Motel 66 à Kingman. J’ai travaillé quasiment toute la journée sur mes chansons. J’ai enregistré en début de soirée mais je ne pense pas que les prises soient très bonnes. J’étais fatigué et surtout mal installé car il n’y a que des chaises avec des accoudoirs (ce qui est très gênant pour jouer de la guitare). Demain, départ pour Las Vegas et ses paillettes. Je vais essayer de doubler mon budget restant aux machines à sous pour finir Motor Hotel dans un palace de Frisco.

Mercredi 22 septembre. Las Vegas – Nevada / Riviera Hotel

Départ ce matin pour Las Vegas. L’étape était courte, j’ai donc pris les routes nationales. Dès qu’on passe la frontière du Nevada, les machines à sous et les petits casinos sont partout. Le jeu et la prostitution sont légalisés. Il n’y a que du sable, des cailloux et le désert. Du coup, quand on traverse ces paysages lunaires, on comprend un peu mieux cette approche économique…

En passant par la nationale, je me suis retrouvé à Laughlin, une sorte de petit Las Vegas au milieu de nulle part. Je me suis arrêté et j’ai trouvé l’ambiance assez drôle. Déjà, il n’y avait quasiment personne. Ensuite, il y a de grands hôtels-casinos mais avec moins de moyens qu’à Las Vegas. Alors, on met un piano mécanique avec un faux pianiste. Les concerts ne sont pas vraiment prestigieux. Enfin, la clientèle était exclusivement composée de retraités âgés et c’était un ballet de déambulateurs (et ce n’est pas une image, c’était vraiment ça !). J’avais donc l’impression d’être un sportif de haut niveau.

Je suis arrivé à Vegas en début d’après-midi. Je loge à l’Hôtel Riviera sur le Strip, le grand boulevard des casinos. C’est l’un des premiers hôtels construits à Las Vegas. A l’époque, des stars comme Dean Martin avaient des parts dans ce casino. Il a ensuite été contrôlé par la mafia. Aujourd’hui, il est en déclin (ce qui le rend sympathique, la gloire et la déchéance, vous savez que ça me plaît) mais la chambre est belle, il y a une grande piscine (utilisable celle-ci) et tout ça pour le prix d’un motel… (…) J’ai décidé de faire marcher le casino : j’ai joué un dollar dans une machine à un cent. J’ai réussi à monter à quasiment 5 dollars de gain mais je n’ai pas su m’arrêter…

Las Vegas est une débauche de tout. Tout est de plus en plus grand, de plus en plus « beau », de plus en plus climatisé. Une aberration écologique mais combien de films de mafieux en moins si Las Vegas n’avait pas existé ? Les hôtels nouveaux ont la cote, les anciens déclinent et on retrouve le même chemin dans le personnel. Les serveuses des hôtels tendance sont jeunes et jolies, les serveuses des hôtels démodés sont en fin de carrière. Mais les deux catégories portent des mini-jupes et des tenues affriolantes. Il y a quelque chose d’assez pathétique dans cette ville. Je la trouve inspirante. Alors demain, au boulot !

Vendredi 24 septembre. Tonopah – Nevada / Motel Clown

J’ai quitté Las Vegas ce matin, direction le nord, pour une dernière plongée dans l’Amérique profonde. (…)Tous les 90 ou 100 kilomètres, vous traversez une sorte de petite ville qui se résume à une station-service (qui fait également restaurant et casino) et parfois un bordel attenant. Je me suis arrêté faire le plein dans un de ces endroits perdus et la maison close avait l’air vraiment glauque.

Et puis, vous traversez également des villes-fantômes (ou en passe de le devenir), des anciennes villes de chercheurs d’or. Elles ont prospéré à un moment donné et elles ont ensuite été désertées lorsque le filon s’est tari. C’est ce qui s’est passé à Goldfield (la bien nommée). En 1902, un filon d’or est découvert. Une ville se bâtit. En 1906, elle devient la première ville du Nevada avec plus de 30 000 habitants, sa ligne de chemin de fer et son Hôtel magnifique, qui coûta la bagatelle de 500 000 dollars (une somme énorme pour l’époque). Il y a même eu un grand combat de boxe en 1906, l’un des plus longs de l’histoire, en 42 rounds (à l’époque, il fallait qu’un des combattants soit mis K.O. ou soit disqualifié pour arrêter le combat).

Les frères Earp (Wyatt et Virgil, de « Règlements de comptes à O.K. Corral ») s’installèrent ici. Puis, petit à petit, l’or s’est fait de plus en plus rare et les gens ont quitté la ville. Il ne reste aujourd’hui que 350 habitants. J’ai vu plutôt des gens âgés mais apparemment, l’or continue d’être exploité (ou ce qu’il en reste). C’est une sensation bizarre de marcher dans ces rues, de voir ces bâtiments et maisons abandonnés. Il y a toujours le piano à l’intérieur du grand hôtel. Dans le petit cimetière, beaucoup de tombes n’ont pas de nom.

A travers ces villes-fantômes, je trouve qu’on voit bien la différence de culture entre Européens et Américains. A Goldfield, on a construit une ville entière pour 10 ans de prospérité. Et quand l’or a disparu, les gens ont abandonné leur maison et tout ce qu’il y avait dedans pour repartir tenter leur chance ailleurs. Cette façon de penser me semble inconnue en Europe.

J’ai essayé de rencontrer des gens mais, dans le dernier saloon de la ville qui borde l’ancienne mine, les clients n’étaient pas très accueillants.

Je suis ce soir à Tonopah, autre ville de chercheurs d’or. 2600 âmes et à peu près la même histoire que Goldfield. La base militaire, à proximité, a permis de maintenir la ville mais elle vient de déménager. Je suis au Motel Clown ce soir. Un motel qui porte bien son nom. Non pas que le patron soit très drôle mais il y a des clowns partout (et c’en est même un peu inquiétant…).

Samedi 25 septembre. Oakdale – Californie / Holiday Motel

La nuit au Motel Clown ne s’est pas transformée en film d’horreur. Ce motel était d’ailleurs très sympa, pas cher et bien tenu. Je suis donc reparti ce matin, en pensant à compléter mon plein d’essence pour ne pas me retrouver à faire du stop sur les routes désertiques. En cherchant une station, je suis tombé sur une espèce de champ où des cadavres de voitures gisaient ça et là. Deux Gran Torino notamment. J’ai toujours aimé les épaves, qu’elles soient maritimes ou automobiles. Je me suis donc arrêté longuement pour marcher parmi ces voitures et prendre quelques photos. Puis ce fut la route. Les stations-service étaient abandonnées comme les vieux motels. (…)

J’ai traversé vers midi la frontière californienne. Il m’est arrivé un truc bizarre (qui doit avoir son utilité). Cinq ou dix kilomètres après la frontière, je me suis retrouvé à un poste de contrôle. Ca arrive parfois selon les états. Le feu était rouge, je me suis donc arrêté, prêt à sortir mon passeport et mon permis de conduire. Une femme en uniforme me demande très sérieusement si j’ai des fruits et légumes (!). Je lui trouve deux pommes sous mon siège. Elle les prend, les regarde et me dit « C’est bon, vous pouvez y aller ». Surréaliste.

Je suis ensuite arrivé à Yosemite qui est un fameux parc national. Juste avant d’y pénétrer, j’ai mangé un morceau dans un petit restaurant de Lee Vining. J’ai discuté avec un vieux couple très gentil, qui habitait Los Angeles, face aux grandes lettres « Hollywood ». (…)

Yosemite m’a déçu. Moi qui sortais de plusieurs jours dans des zones désertiques, je me suis retrouvé dans un bouchon à l’entrée du parc. 20$ plus tard, les routes étaient bondées. (…

Depuis que je suis entré en Californie, je sens que j’ai quitté définitivement mon Amérique profonde (avec un petit pincement de cœur.) Je suis ce soir à Oakdale, une ville de 20 000 habitants. J’ai voulu aller prendre un verre. Dans la rue principale, il y a un grand club de fitness. Dans le bar, le rap était à fond et la serveuse trop bronzée… Demain, je serai à San Francisco, dernière étape de cette errance américaine. Je vais donc y passer quatre jours qui me permettront de travailler et d’explorer la ville.

Dimanche 26 septembre. San Francisco – Californie / Pacific Heights Motel

San Francisco, le bout de ma route. En début d’après-midi, j’ai passé l’Oakland Bridge et je me suis engouffré dans les rues incroyablement escarpées du centre de Frisco. J’ai trouvé un motel très proche du centre-ville. Les prix ne sont pas les mêmes ici que dans le Middle West : 125 dollars la nuit…

San Francisco est une ville importante pour moi. Je suis allé faire un tour ce soir à Haight-Ashbury, ce quartier mythique qui a vu naître la Beat Generation dans les années 50, puis les hippies dans les années 60. Aujourd’hui, certains diront que le quartier s’est embourgeoisé, que les hippies ne sont plus de « vrais hippies ». Je trouve que ce quartier ne s’en sort pas si mal. (…)

On voit beaucoup de jeunes SDF et j’avais vraiment envie de leur poser la question sur leur présence ici. Était-ce parce qu’ils connaissaient l’histoire mythique du quartier et qu’ils avaient voulu marcher sur les traces de Kerouac ? ( …) Demain, retour au travail. J’ai un texte en cours d’écriture et je ferais bien quelques prises dans cette chambre de motel…

Mercredi 29 septembre. San Francisco – Californie / Pacific Heights Motel

Voilà, c’est la fin. La journée d’hier fut surtout une journée de travail (jusqu’à une heure avancée). Demain, un Boeing 747 me ramènera vers la grisaille parisienne. Motor Hotel, version voyage, se termine avec forcément un peu d’émotion. Ce fut une belle aventure, une expérience forte que de traverser un pays continent en solitaire. Il y a eu des moments superbes de solitude, au milieu de paysages incroyables. Il y eut des moments de solitude plus difficiles, comme ce dimanche à Garden City, où je me suis senti comme un skipper au milieu de l’Atlantique.

Carnet de voyage de Bertrand Boulbar publié dans Bouts du monde n°14 en avril 2013.

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Le site de Bertrand Boulbar

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