Dix carnets de voyage insolites

11 avril 2018
Dix carnets de voyage insolites

10 carnets de voyage insolites publiés dans la revue Bouts du monde à découvrir ou redécouvrir

Embarquez avec dix auteurs de carnets de voyage de la revue Bouts du monde. Ils nous ont confié des histoires originales, belles, drôles, émouvantes.

1. Expédition au Raja Ampat

La dessinatrice Stéphanie Ledoux est partie en Papouasie occidentale, avec la Fondation Iris. Son moleskine fait penser aux carnets de voyage naturalistes que réalisaient les aventuriers au XVIIe siècle.

Carnet de voyage : Stéphanie Ledoux avec la Fondation Iris en Papouasie occidentale - "Dans la tête et le cou de l'oiseau"

 

19 décembre 2016. Je n’ai jamais fait de voyage au long cours en mer… Alors, après un interminable voyage de six avions (Paris-Hong Kong-Denpasar-Surabaya-Manado-Sorong), quel bonheur d’embarquer enfin à bord du Cahaya Mandiri, un lambo traditionnel de 27 mètres, construit à Sulawesi en teck et bois de rose… Notre maison et notre lieu de travail pour un mois. Pour une fois en voyage, il va être possible de défaire pour de bon son sac, investir sa cabine, et installer un semblant d’atelier.

Nous découvrons l’équipage indonésien (Faryd, Edy, Bas, Suha, Man, Karman, Dondy) mené par Julien, guide de l’expé et capitaine du bateau. Le premier briefing a un effet complètement euphorisant, quand nous évoquons, penchés sur les cartes marines de la région, tout ce que nous pourrons avoir la chance de croiser sur terre ou en mer… requins-baleines, raies manta, peut-être cachalots et dugongs, paradisiers, kangourous, casoars, requins de récifs, hippocampes pygmées, lac de méduses… Je suis excitée comme une puce et peine à trouver le sommeil, sur le pont du bateau où nous dormons tous ensemble à la belle étoile.

20 décembre 2016. Le réveil est irréel : Bercés par le son des vaguelettes, nous entrouvrons les yeux sur une aube rose, au cri de Julien : « Des globicéphales ! ». Ils ont entouré le bateau et nous n’en croyons pas nos yeux…

Une aventure de Stéphanie Ledoux à découvrir dans Bouts du monde n°30

 

2. Les ruines de Detroit

Bouts du monde a été parmi les premiers à publier l’incroyable travail photographique d’Yves Marchand et Romain Meffre à Detroit.

Carnet de voyage : Les Ruines de Detroit - Yves Marchand et Romain Meffre - Bouts du monde

En France, la ville sonne comme la capitale de l’automobile américaine et le berceau de la musique techno, c’est à peu près tout. Pour ceux qui  pensent savoir, les Américains surtout, Motor city cumule les superlatifs gênants : ville la plus pauvre, ville la plus black, ville dont le réseau routier est le plus défoncé, et ville au taux de criminalité le plus élevé des Etats-Unis, titre qu’elle se dispute régulièrement avec d’autres comme Washington DC ou encore Gary. C’est enfin le symbole national du déclin industriel et urbain.

Portfolio de Romain Meffre et Yves Marchand publié dans Bouts du monde n°3

 

3. Ça tourne vinaigre en Corée du Nord

Ecouter les Pixies pendant que tout un peuple pleure la mort de son tyran : voilà ce qu’a fait Abel Meiers, qui travaillait pour une ONG à Pyongyang en Corée du Nord, quand le cher Leader Kim Jong Il a passé l’arme à gauche. De quoi écrire des carnets de voyage surréaliste. 

Carnet de voyage : Dieu est mort de surmenage à Pyongyang - Abel Meiers - Corée du Nord - Bouts du monde

Je raccrochai tout doucement le téléphone et regardai autour de moi. Les collègues coréens continuaient à vaquer à leurs occupations, c’est à dire qu’ils hurlaient dans le téléphone Yobosho ! ? (Allô, ndlr), qu’ils imprimaient des feuilles et des feuilles et qu’ils buvaient du thé en produisant un son peu ragoûtant. Tout était calme. Je savourais ce moment de flottement où j’avais l’impression d’être le dernier homme sur terre. Quelques minutes plus tard, qui sait ce qui se produira ? Guerre nucléaire, coup d’état, évacuation ?  Je suis sorti de l’open space, salon d’appartement transformé pour accueillir nos bureaux, et les yobosho ! pour aller voir le boss.

– Ils savent pas encore ? !

– L’alerte google ! Ils l’ont pas.

– Qu’est ce qu’on fait, dans ces cas-là ? demandai-je, peu coutumier des situations extrêmes propres aux pays, disons, hors normes.

– Dans ces cas-là, on ferme sa gueule, dit Youri.

Au même instant, les Coréens ont jailli comme un seul homme dans la salle télé où nous nous trouvions. Ils l’ont allumée. Nous sommes partis.

Récit de voyage d’Abel Meiers à lire dans Bouts du monde n°16

 

4. Carnet des pôles à bord de Tara

Vincent Hilaire a embarqué avec la mission scientifique sur le voilier polaire Tara pour une longue dérive arctique dans la nuit polaire, en Arctique.

Carnet de voyage : expédition arctique à bord de Tara - Vincent Hilaire - Bouts du monde

Hier soir, après la projection d’un film, chacun des équipiers a repris le chemin de sa cabine. A 23  h eures, tout le monde se retrouve sur le pont. Excitation générale. Zagrey et Tiksi, les deux chiens, ont donné l’alerte. Un ours ! A polar bear ! Dans le faisceau du projecteur, la bête ne semble pas s’inquiéter de ce remue-ménage humain. Le quadrupède à la fourrure un peu jaune, comparée au blanc de la banquise, nous renifle tranquillement. Après quelques minutes de tête-à-tête polaire, plus gêné par le puissant faisceau lumineux que par les voix, l’ours décide d’aller sur le bâbord  de Tara, avant de se glisser derrière une crête de glace. Le cache-cache ne fait que commencer.

Une demi-heure plus tard, je finis de regarder un DVD dans ma cabine. De l’autre côté de l’épais aluminium protecteur de la coque, j’entends détaler dans la neige. Je me rhabille en vitesse. Les chiens sont attachés, ce ne peut être que l’ours !

Il n’est pas parti. Je me retrouve sur le pont avec le scientifique russe Sacha Petrov, l’homme de quart Hervé Le Goff, autre scientifique, et Audun Tholfsen, le Norvégien du bord. L’ours est là, une centaine de mètres devant Tara, toujours sur bâbord. Même si les chiens le chassent à chaque fois, il revient obstinément près de la coque, rongé peut-être par la curiosité, ou par la faim. Rusé, progressant systématiquement face au vent, il a réussi à s’approcher à quelques mètres du bateau.

Récit de voyage de Vincent Hilaire à découvrir dans Bouts du monde n°10

 

5. Astana, utopie urbaine

Certains carnets de voyage nous transportent dans un autre monde. On aimerait, comme Fabrice Fouillet, monter en haut d’une tour construite par Norman Foster pour voir à quoi ressemble la folie de là-haut. Portfolio à Astana, au Kazakhstan.

Carnet de voyage : portfolio de Fabrice Fouillet à Astana - Utopie urbaine - Kazakhstan - Bouts du monde

Je suis au 18e étage d’une tour et la vue sur Astana encore endormie est tout autant imprenable que surréaliste. Je découvre avec émerveillement l’extraordinaire cacophonie architecturale que je suis venu chercher, le tout baigné dans la lumière rosée du matin. Je crois que cela reste ma plus belle vision d’Astana, les autres matins n’étaient pas les mêmes. Je m’octroie donc quelques minutes de contemplation. Les longues heures passées sur le net en guise de préparation et de repérage virtuels me rendent la ville presque familière.

Architecture soviétique et occidentale, ultra modernité, formes rondes et carrées s’entrechoquent au milieu des friches et des terrains en construction. Vu d’ici, Astana ressemble aussi à un parc d’attraction inachevé mais prometteur!

Portfolio de Fabrice Fouillet à lire dans Bouts du monde n°16

 

6. Quarante-quatre jours à Auroville

Les carnets de voyage de Violette Gentilleau sont amusants. La voyageuse avait un air un peu goguenard en arrivant dans la communauté de Sadhana Forest, une communauté située dans la ville internationale d’Auroville en Inde. Avec ses potes qui vivent dans des yourtes, elle en avait vu d’autres. Mais quand même pas à ce point…

Carnet de voyage : 44 jours à Auroville avec Violette Gentilleau - Inde - Bouts du monde

Les yeux à peine ouverts, frigorifiée, je me tiens sur le grand champ derrière la main hut. On est presque tous là, en cercle, les habitués enroulés dans leurs couvertures ou des pashminas. Ma voisine de droite me prend la main, mon voisin de gauche fait pareil. Hem. On fait quoi, là ? Ah, OK, on chante des trucs de babos avec des « father Sky » par-ci, des « mother Earth » par là. J’ai du mal à pas rigoler.

J’ai beau être bien alternative tendance fromage de chèvre artisanal et pain maison, je n’ai jamais réussi à prendre ce genre de chansons au sérieux. J’écoute et je regarde : tout le monde a l’air d’y croire à fond, même les petits étudiants débarqués de New-York pour un stage de construction et qui doivent être bien plus déphasés que moi. Non mais quand même, je me teins les cheveux au henné, je suis végétarienne, super écolo, je marche pieds nus l’été, j’ai plein de potes qui vivent dans des yourtes, qui élèvent des chèvres et des poules, je fais un potager partagé, je cuisine de la bouffe végétarienne et bio sur les festivals, je devrais avoir le niveau hippie confirmé +++ ! Mais non, rien à faire : je me paie un fou rire intérieur en imaginant la tête des copains et copines s’ils me voyaient en ce moment.

Les dessins de Violette Gentilleau à découvrir dans Bouts du monde n°15

 

7. L’intimité des Himbas

La vie de Vincent Lemonde a été bouleversée à jamais par sa rencontre avec les Himbas en Namibie, au point de pénétrer leur intimité. 

Carnet de voyage : La vie quotidienne chez les Himbas de Namibie avec Vincent Lemonde - L'intimité d'un peuple - Bouts du monde

Evidemment, on n’arrive pas dans un village himba par hasard et sans préparation. (…) Je souhaitais trouver progressivement ma place dans le village pour être naturel et ouvert. J’ai instinctivement utilisé trois outils. Un : le regard. Deux : le sourire. Leur force est imparable et l’effet miroir est d’une puissance insoupçonnée. Trois : mon arme secrète, le vélo. J’ai créé un rituel en empruntant tous les deux jours le même chemin. En m’arrêtant chez les mêmes vendeurs de nourriture de rue, en roulant au bord des mêmes champs. (…)

Au premier passage, les gens me remarquent à peine. Au deuxième, ils ont le temps de tourner la tête. Petit à petit, on s’apprivoise. On se salue et on finit par se parler. Sourires aux lèvres et aux yeux, les liens se créent et, petit à petit, je peux entrer dans l’intimité de leurs vies, comprendre leurs histoires et leurs rêves.

Mon état d’esprit en arrivant dans ce pays d’Afrique était le plus naïf possible. J’avais décidé de ne rien lire. Géographie, littérature, histoire ou rien. Je suis arrivé en pensant être l’autre. Je n’ai donc jamais jugé par rapport à mes référentiels culturels. Je garde mes valeurs bien évidemment mais j’observe un mode de vie que j’estime simplement différent. Mais il est tout de même difficile d’occulter les difficultés d’une telle expérience. (…)

Au début, ils ne comprenaient pas pourquoi un Blanc, qui avait accès à tout le confort du monde, avait décidé de dormir, manger et partager leur vie. Après de nombreux mois, ils en sont arrivés à la conclusion que, finalement, ils devaient être intéressants.

Aventure de Vincent Lemonde à découvrir dans Bouts du monde n°30

 

8. Le bistrotier du Sahara

La contemplation dans le désert est propice à l’écriture de beaux carnets de voyage. Dans le Sahara algérien, Pierre Vauconsant s’est arrêté boire un Fanta tiède dans le café d’Ahmed, bientôt caché de la route par la progression du désert.

Carnet de voyage : Le bistrot du Sahara - Pierre Vauconsant - Bouts du monde

Aussi loin que porte son regard, jadis acéré. Le désert. Pas son désert. Un autre. Celui de l’exil. Il a posé son maigre cul sur ses talons. Il est assis accroupi. Il regarde. Très loin, le vent disperse une brume de soleil et de sable. Il pousse devant lui un voile ocre qui masque l’horizon. Le vent efface les contours Le vent dissout la frontière entre le ciel et la terre. Il gomme les limites. Ni le vent, ni Ahmed n’aiment les limites. Ahmed n’aime que le désert. Comme tous les nomades, il a les frontières en abomination. Mais Ahmed est-il toujours un nomade ? Est-il encore un Touareg de l’Aïr ?

Il dit : « Plus jamais, je ne bougerai d’ici ! Plus jamais ». (…) Le Café d’Ahmed c’est un cube de pisé percé d’une seule porte donnant accès à une pièce unique. Au-dessus de l’ouverture, un pinceau inattentif a tracé les quatre lettres du mot « CAFÉ ». De longues coulures rouges dégoulinent de chaque caractère jusque sur la porte de tôle ondulée.

La belle histoire de Pierre Vauconsant à lire dans Bouts du monde n°6

 

9. Mission en Terre-Adélie

L’ornithologue Julien Vasseur a passé quinze mois en Antarctique, où il a constaté les impacts du réchauffement climatique sur la survie des colonies de manchots empereurs.

Carnet de voyage : Expédition scientifique en Terre-Adélie avec Julien Vasseur - Antarctique - Manchots - Bouts du monde

Nous sommes enfin arrivés dans l’archipel de Pointe Géologie, sur une île du nom de l’île des Pétrels à cinq kilomètres du continent. C’est sur cette île que se trouve notre base de recherche. Notre base accueille pendant l’été un maximum de cent personnes, scientifiques et personnels techniques travaillant pour ravitailler la base et effectuer des recherches scientifiques durant l’été pour différents laboratoires français.

Cette activité est possible grâce à l’institut polaire Paul-Emile-Victor (IPEV) qui chaque année envoie des personnes vivre durant quelques mois à quinze mois sur cette base. La base, durant l’été, est une véritable fourmilière où chacun a un rôle précis. Nous recevons tous la traditionnelle passation des consignes par nos prédécesseurs afin d’accomplir au mieux notre mission.

A notre arrivée avec les vingt-quatre autres hivernants de ma mission, nous faisons donc connaissance avec nos prédécesseurs mais aussi avec les habitants légitimes : les manchots Adélie. L’explosion de vie que représentent les manchots Adélie est époustouflante ! Ils sont partout, plus de 18 000 couples sont présents rien que sur l’île des Pétrels.

Carnet d’exploration de Julien Vasseur à lire dans Bouts du monde n°34

 

10. Socotra, l’autre planète

Antoine Calvino a débarqué sur son île aux trésors où poussent des arbres jamais vus auparavant, nagent des poissons inconnus, par la grâce du démembrement de la pangée qui a emprisonné sur Socotra des centaines de plantes endémiques.

Carnet de voyage : Lîle de Socotra, une autre planète - Antoine Calvino - Bouts du monde

Nous sommes entourés de plantes endémiques qui ne ressemblent à rien de connu. Socotra s’est séparée de l’Afrique et de l’Arabie il y a six millions d’années, servant de refuge à une flore et à une faune qui ont disparu ailleurs, victime des herbivores, de la concurrence d’autres espèces et des aléas climatiques. (…) On se croirait sur une autre planète.

Après une bonne heure de marche, nous parvenons à une énorme ouverture dans la montagne.  Jusque là, je croyais que la spéléologie revenait à emprunter des couloirs, se faufiler dans des crevasses et éventuellement ramper dans la boue en attendant que le plafond se relève. Pas ici. La caverne, que nous remontons pendant deux kilomètres jusqu’à une pièce d’eau, est large comme un hall d’aéroport. Accrochées au plafond, d’immenses stalactites lâchent depuis des millénaires des gouttes dont le résidu calcaire forme en contrebas de monstrueuses stalagmites aux formes qui m’évoquent les constructions « biomécaniques » de Geiger pour la série Alien.

En progressant dans l’obscurité de cette cathédrale gothique sépulcrale, je me dis qu’on trouverait difficilement plus belle tanière pour le dragon ombrageux, dont le sang coulerait sous l’écorce du fameux dragonnier. Il ferait d’ailleurs un compagnon idéal pour le phénix, hôte légendaire de l’île depuis l’antiquité.

Carnet de voyage d’Antoine Calvino à découvrir dans Bouts du monde n°25

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